« Pense aux changements sans nombre auxquels toi-même tu as pris part. Tout est changement dans l’univers et la vie n’est elle-même que ta manière de la considérer. »
Marc Aurèle.
Ils nous ont dit un jour : « Méfiez-vous des livres », parce que les livres viennent de loin, et ils apportent avec eux des idées étrangères, qui peuvent détruire les traditions auxquelles nous sommes attachés. Ils nous ont dit un jour : « Méfiez-vous des étrangers », parce que les étrangers qui arrivent de loin portent des idées nouvelles qui peuvent détruire la fibre de la vie communautaire et de nous convertir à leur religion. Ces avertissements sont tant répétés depuis la nuit des temps que les gens en sont saturés. Nous sommes également saturés par la vitesse à laquelle les modes de communications, des transports, de la santé, etc. évoluent.
Les médias et internet envahissent l’esprit de chacun d’opinions, d’attitudes, de goûts, de valeurs et d’idées diverses venus du monde entier. Nous ne sommes pas entraînés dans une simple révolution, mais dans une transformation massive et multiforme de la vie culturelle. Nos traditions les plus chères, tout ce qui donne un sens à notre vie, tout ce qui mérite d’être accompli, cohabite avec de multiples possibilités alternatives. C’est ainsi que la culture joue un rôle primordial dans la vie d’un individu. La « culture », ce ne sont pas seulement les habits traditionnels, les danses et chants folkloriques. La culture, c’est la manière par laquelle s’exprime la nature humaine. Elle est le terrain sur lequel nous avançons consciemment vers notre destin, vers une expérience pleine de vie. Tout être humain existe et se réalise dans une culture donnée. Comme nous faisons tous partie d’une culture au moins, il ne saurait exister de point de vue extérieur « neutre » à partir duquel évaluer ou juger une autre culture ; nous sommes dans tous les cas dépendants du langage et du critère de vérité de notre propre culture. En conséquence, il est impossible d’établir une hiérarchie entre les cultures ou de prétendre que les valeurs d’une culture peuvent s’appliquer toujours aux autres cultures ; c’est dire qu’il est impossible d’absolutiser ou d’universaliser ses propres valeurs. Nous pouvons seulement parler d’invariants humains, c’est-à-dire des réalités propres à toute l’humanité, telles que penser, parler, croire, aimer…que chaque culture interprète néanmoins de façon différente et spécifique. Contrairement aux idées répandues, les cultures, en réalité, ne sont pas statiques : elles se trouvent dans un processus continu de transformation. Dans le même ordre d’idée, nous ne pouvons pas nous enfermer dans notre culture, par crainte de la perdre. Bien au contraire, la nourrir par d’autres cultures, c’est l’enrichir d’une manière intelligente (et non pas en la singeant) en l’intégrant dans notre mode de vie.
Dans notre société, l’intolérance prédomine. Ceci est dû, à mon avis, à la réforme du système éducatif de l’école fondamentale qui a été mise en vigueur au début des années 80. Ce système éducatif ne valorise guère l’accès aux autres cultures. Peu de textes dans l’éducation religieuse ou civique introduisent à la culture de l’autre. Prenons l’exemple français : dans les établissements laïques, les diverses religions sont abordées en cours d’Histoire. Dans les établissements catholiques, on aborde en cours de catéchèse non seulement l’Evangile mais aussi les textes des autres confessions, y compris l’Islam.
Ceci dit, la culture ne doit pas être réduite seulement aux aspects religieux, mais comme je l’ai souligné plus haut, elle doit en intégrer l’ensemble des modes d’expression humaine. L’arabisation de l’école algérienne est plus dogmatique que rationnelle, et les algériens subissent des préjudices directs et collatéraux à nos jours. En effet, comme le souligne le brillant sociologue algérien, Lahouari Addi[1], l’accumulation de problèmes de différents ordres en Algérie, s’est traduite dans la structure de son élite dont une fraction, francophone, est plus sensible au développement économique pour résoudre la question sociale (chômage, analphabétisme, croissance démographique, malnutrition, scolarisation, etc.), et l’autre fraction, arabophone, est préoccupée par l’affermissement de l’identité culturelle arabo-islamique. Ainsi, les arabophones, culturellement plus proches du peuple, poursuivent l’utopie de faire revivre l’héritage culturel précolonial. Cependant, les francophones, nourris par un idéal républicain, sont davantage attirés par les valeurs universelles. Leurs compétences techniques ont été utilisées par l’Etat qui leur a confié la gestion administrative et la direction économique. Par contre, les arabophones sont chargés d’appliquer des tâches d’orientation culturelle et idéologique dans l’enseignement. Le statu quo de cette orientation politique est très amer : après l’échec économique, les francophones se sentent exilés dans leur propre pays car ils ne parviennent pas à s’identifier aux valeurs culturelles de la société algérienne. C’est l’une des raisons qui pousse beaucoup d’entre eux à partir à l’Etranger (émigration culturelle). Parallèlement, ceux issus de l’école fondamentale occupent de plus en plus des postes à haute responsabilité sans réelles compétences. Désormais, l’incompétence envahit l’ensemble des domaines de gestion de l’Etat.
Cependant, la Tunisie doit être pour nous une référence en matière de système éducatif afin de comprendre là où l’Algérie échoue. Le problème ne réside pas dans le choix de l’arabe ou du français mais dans le contenu proposé aux élèves et les méthodes pédagogiques utilisées. La lecture d’un journal au quotidien n’est pas suffisante pour se cultiver et pour connaître sa culture et celle des autres. Dans l’imaginaire collectif algérien, il manque des personnalités intellectuelles se démarquant par leur notoriété. Un « intellectuel » est une personne qui, à partir de l’autorité acquise dans un domaine de la vie, de l’esprit (science, littérature, philosophie), intervient dans le débat public. Dommage que nous n’ayons pas su intégrer des St Augustin, Albert Camus ou d’autres…
La culture générale à l’école !
Si l’on réfléchit, hors de tout contexte réel et dans une perspective purement idéale, à ce que doit transmettre, aujourd’hui, l’école aux enfants, on pourrait aisément, selon Pierre-Henri Tavoillot[2], s’accorder sur cinq dimensions :
- Les compétences fondamentales pour l’entrée dans le monde social et culturel : lire, écrire, compter ;
- Des éléments d’une culture spécialisée entendue comme un approfondissement de chacune de ces compétences fondamentales ; autrement dit, des savoirs « disciplinaires » précis touchant aussi bien le domaine des humanités que celui des sciences et des techniques ;
- Des « compétences » générales ou savoir-faire, allant de la découverte des mérites jusqu’à la maîtrise de la bureautique et des langues vivantes étrangères, en passant par les pratiques sportives, technologiques, artistiques… ;
- Des normes de comportement et de communication, depuis la « représentation de soi » jusqu’aux règles de politesse et de civilité, en passant par quelques éléments de rhétorique, d’éloquence, d’art épistolaire… ;
- Une « culture générale », entendue non comme juxtaposition de savoirs spécialisés, mais comme unité organique des connaissances, dans les sciences comme dans les humanités, susceptible de constituer un fondement solide pour une spécialisation/professionnalisation future.
Toutes les sciences peuvent intégrer la culture comme un mode d’expression et de réflexion, c’est ainsi qu’on peut parler d’une culture scientifique, de culture de la recherche, etc. Cette culture générale est l’essence de l’éducation.
Le migrant et la culture.
Le migrant est porteur d’une culture, d’une identité ; il est le témoin d’une civilisation qui fait ou a fait ses preuves. Aujourd’hui, l’incompréhension de la culture de cette nouvelle population est due à l’ignorance des valeurs de l’autre. Contrairement aux clichés répandus, la majorité des migrants ont la volonté profonde de s’intégrer au pays d’accueil sans perdre racine. Ce qu’ils refusent, c’est le fait d’être perçus comme les boucs émissaires des difficultés des sociétés d’accueil dans lesquelles ils vivent. Certains accusent et stigmatisent injustement les migrants d’être incapables de s’intégrer à cause de leur culture, d’être la cause du chômage, d’être ingrats ou déloyaux et incapables de mobilité et d’intégration. Le problème peut être le refus de reconnaître l’altérité, sous prétexte de détenir le seul modèle de vie apte au progrès. Le dialogue interculturel est impératif pour notre monde actuel. L’interculturalité découle de la conscience des limites de chaque culture et de la relativisation de tout ce qui est humain. Elle se manifeste en tant que caractéristique intrinsèquement humaine et donc aussi culturelle.
Publier dans le Qotidien d'Oran du 13/12/07
« La vie humaine prise en elle-même est un tissu de souffrance où brille ça et là une leur de joie. L’homme a l’habitude de s’arrêter au plus sensible et non au plus raisonnable. Alors, il souffre davantage. »
George Bergantz
Nous avons tous en mémoire ces années où chaque samedi matin nous avions droit à
Le peuple constate que les sociétés étrangères présentes dans le pays se contentent d’ouvrir des points de vente. En effet, quel est l’intérêt de construire en Algérie alors que tout se vend (ex : le cas de Renault) ? L’Algérie est devenue une société de consommation mais ne produit pas. C’est ainsi que nous donnons à l’Etranger l’image d’un peuple de feignants tandis que nos voisins soignent leur image grâce aux lobbyings actifs dans les pays influents et également par la télévision, etc. Ce que voit le peuple algérien, ce sont des enfants qui fument et qui se droguent à l’âge très précoce, et tout récemment, un adolescent kamikaze qui s’est fait exploser en laissant derrière lui des morts et des blessés. La faute à qui ? A ses parents ? A l’Etat qui n’arrive pas à proposer une école ouverte sur le monde, une école où l’on enseignerait l’intelligence de servir ses concitoyens et non pas de les décimer ? Parmi nos dirigeants, certains restent passifs devant ce déclin tandis que d’autres changent de nationalité ![1] Et pourtant, le simple citoyen tente quotidiennement de faire face avec les moyens du bord. Or, tant que l’on agit dans l’urgence, cet effort est vain. L’organisation spatiale et temporelle de la structure cognitive de certains algériens est en distorsion et ne répond plus à la pensée moderne dominante. Certains de nos dirigeants ne dépassent pas le seuil de tribalisme et clientélisme, leur objectif principal étant de garder leur place et d’être force de décision ! Il me semble que l’affaire de la banque Khalifa[2] n’est pas finie. Bien au contraire, elle ne fait que commencer et des noms importants circulent dans le tribunal de Nanterre. Cette affaire est révélatrice d’une corruption à haut niveau et d’un système judiciaire dépendant !
L’islamisme en Algérie n’est guère vaincu. Dire le contraire, c’est nier la réalité. Il suffit de compter le nombre de femmes et de jeunes écolières qui portent le voile. L’heure de l’appel à la prière ressemble à un concours de la mosquée qui possède la sono la plus puissante. Après avoir interdit les chansons raï soit disant vulgaires, le patron de la radio nationale vient de décréter que toutes les radios locales doivent diffuser les prières de taraouih, peut-être bientôt à la télé ! Et notre chef de gouvernement qui s’habille en imam ! Et le chef d’un parti islamiste dit modéré qui prêche dans ses meetings, voire même lors d’émissions télévisées, en proposant de faire la roukia ! Ne serait-ce pas une forme de concurrence entre fanatiques religieux et nationalistes ? On assiste ainsi à la décadence du débat politique : les sujets abordés sont dénués de pensée rationnelle et moderne et sont emprunt de religiosité !
Le dogmatisme religieux a modifié nos rapports sociaux. Avant les années quatre-vingt-dix, pour se saluer, nous nous disions « bonjour, bonsoir » et nous nous faisions la bise, homme ou femme. Aujourd’hui, la culture islamiste s’est imposée à notre insu : nous ne nous disons plus « bonjour, bonsoir » et plus question de toucher la main d’une femme, encore moins lui donner la bise ! C’est le « salam alikum » qui domine. Comme dit un vieux de mon village, « depuis qu’on dit salam (la paix), nous l’avons perdue » ! Quand j’observe la société tunisienne ou marocaine, je me rends compte combien nous nous éloignons de nos propres traditions. Même en Kabylie, leader dans l’émancipation sociale, le dogmatisme religieux s’infiltre et modifie les rapports sociaux et culturels. La société algérienne tourne le dos au futur pour vivre dans le passé. Mais quel passé ? En tout cas, pas le nôtre, mais celui des autres !
Dubaï, nouvel eldorado pour les pays musulmans, a bien compris le fonctionnement des nationalistes panarabes et des islamistes. Ceux-ci se plaisent à invoquer l’identité pour justifier le repli sur soi, le refus de se mettre en phase avec l’époque moderne et l’incapacité de profiter des expériences d’autrui. Pour savoir ce que vaut l’identité panarabe et islamiste, il suffit d’observer l’Afghanistan des Talibans, le Soudan d’Ahmed Tourabi, l’Egypte de Gamal Abdel Nasser ou l’Irak de Saddam Hussein. Le point commun de tous ces pays, c’est qu’on y a constamment invoqué l’identité pour masquer les échecs de tout ordre. Par contre, Dubaï est l’exemple vivant de ce que produit la pensée libérale. Là-bas, la fameuse maxime libérale du « laisser-faire, laisser-passer » dicte la politique économique. Cela lui a permis de passer du sous-développement, puis de l’économie rentière, à une économie moderne de production. Ainsi Dubaï a attiré les richesses intellectuelles et matérielles du monde entier et les entrepreneurs ont bénéficié de la liberté d’entreprendre. Quand aux marchands d’idées et aux adeptes de grands discours nationalistes arabes et islamistes, Dubaï leur a tourné le dos. Ce pays a compris les exigences de notre temps et a choisi de jouer le jeu de la mondialisation. Il a réussi là où tous les pays arabes ont échoué. Il est le seul pays arabe sur la voie de la prospérité.
Notre pays a davantage d’atouts humains et géographiques que cet émirat. Dommage que nos dirigeants n’aient pas encore déterminé une orientation politique précise. En attendant, notre peuple est en errance et s’interroge sur ce climat chaotique…
PS : Une pensée particulière à ma grande mère qui vient de nous quitter à l’âge de cent sept ans, que Dieu l’accueil dans son vaste paradis.
Que l’importance soit dans ton regard
Et non dans la chose regardée.
Certains psychologues disent que la psychologie repose sur un à priori implicite qui suggère que « plus la vie est dure, plus on a de chances de faire une dépression », ce qui n’est pas certain du tout, selon Boris Cyrulnik. Plus la vie est dure, plus on a de chance de la trouver dure. Mais souffrance et tristesse ne sont pas des signes obligatoires de la dépression. En se baladant dans les rues des grandes villes d’Algérie, je me rends compte du nombre de personnes qui sont tristes nerveuses. Le cas des transports en commun est illustratif : lorsqu’on prend le bus, au moindre geste, le receveur fait tout un spectacle tant et si bien que les utilisateurs en sont souvent épuises. Cet exemple n’est pas un indicateur de dépression, mais il révèle la souffrance de ces personnes. A force de l’intérioriser, cette souffrance peut devenir effectivement un environnement propice à la dépression surtout si la personne est sur génétiquement prédisposée. (Des études tendent à montrer que la dépression est génétique et se déclenche lorsqu’elle trouve le milieu propice à se développer : environnement violent, alcoolisme, etc.
Le courant cognitif est bien connu dans les pays anglo-saxons. Il est mieux validé scientifiquement. Il s’intéresse à l’ensemble des processus de réception, de traitement, d’analyse des informations et des réponses, qu’elles soient verbales ou comportementales, formulées par le sujet. La cognition fait référence à la mémoire, la vigilance, l’attention, l’apprentissage, la compréhension et les capacités d’adaptation. Le sujet va traiter les informations par le biais de ces composantes pour s’ouvrir sur un début de solution à sa problématique. Si l’une ou plusieurs de ces composantes sont défaillantes, l’information issue d’une situation sera mal perçue et par conséquent mal traitée. Ce processus érigé en modèle du « traitement d’information » est la pierre angulaire de l’explication cognitiviste des troubles dépressifs. Ce modèle est soutenu par le psychiatre américain Aaron Beck [1] qui décrit le sujet dépressif comme possédant des schémas cognitifs qui sont dysfonctionnés.
La dépression serait en fait un mauvais traitement de l’information, une mauvaise résolution d’équations affectives environnementales et interpersonnelles (distorsion cognitive). Le sujet dépressif se « maltraite » en traitant l’information de manière erronée. Certains de ces schémas individuels sont dépressogènes et seraient responsables des distorsions cognitives. De plus, ils constitueraient la déformation de l’information. La mémoire à long terme (c’est le support des processus inconscients contrairement à la mémoire à court terme, support des phénomènes conscients) contient ces schémas qui sont des représentations inconscientes des expériences vécues. Leur essence et leur contenu actionnent les réponses affectives et comportementales.
Le sujet dépressif a des pensées négatives répétitives qui tendent vers l’automatisation débouchant sur des images mentales imprégnées de ces schémas dépressogènes qui ont un contenu négatif faisant référence à des notions de perte, d’échec, d’inadéquation, etc. (Alloy et al.), 1985) Ces schémas sélectionnent, filtrent et interprètent l’information, en donnant un sens dépressif aux évènements que vit le sujet. Activé par le stress causé par les événements de vie négatifs, le schéma dépressogène conduit à des distorsions cognitives de l’information que reçoit le sujet (Beck et al.1979). Le discours intérieur du dépressif est un mélange de pessimisme et de pensées noires construites sur des représentations et images mentales perturbatrices par leurs aspects sombres et sans espoir.
Selon Beck, ces images et représentations se définissent par une trilogie : le sujet, son environnement et son avenir. La présence de la triade cognitive négative s’accompagne de l’apparition des symptômes de la dépression qui sont :
- L’auto reproche (ou l’autocritique) de ne pas réussir ;
- La culpabilité (lorsque les choses tournent mal, le dépressif estime que tout est de sa faute)
- La dépendance accrue, conséquence de la vision négative qu’a le sujet de lui-même et du monde.
Les distorsions cognitives comportent les types suivants d’erreurs logiques (Selon Beck et al.1979) :
- L’inférence arbitraire, l’erreur logique la plus fréquente, qui consiste à tirer des conclusions sans preuves ;
- L’abstraction sélective est présente lorsque le sujet se centre sur un détail et ne perçoit pas la signification globale de la situation ;
- La surgénéralisation qui consiste à appliquer à toutes les situations possibles les éléments d’une situation isolée ;
- La majoration et la minoration, erreurs logiques qui consistent à attribuer une plus grande valeur aux échecs et aux évènements négatifs et à dévaloriser les réussites et les situations positives, heureuses ;
- La personnalisation qui est présente lorsque le sujet surestime ses relations avec les événements négatifs, défavorables ;
- La pensée absolue, dichotomique, rencontrée lorsque le sujet s’enferme dans l’alternative du tout ou rien sans modulation possible entre les extrêmes.
Les critiques apportées au modèle de Beck (Théorie cognitiviste de la dépression) :
- Sur les stratégies de recherche utilisées ; celles-ci n’évaluent pas tous les types de relations causales que cette théorie implique ; et, ne tiennent pas compte de l’hétérogénéité des troubles dépressifs (Il n’y a pas une dépression, mais des dépressions).
- Pas de précision sur la façon dont les schémas sont inscrits en mémoire à long terme (MLT). Il manque une définition structuro fonctionnelle en MLT du processus de rigidification des schémas.
- La genèse précoce des schémas n’est pas expliquée.
Bibliographie :
1. 14 approches de la psychopathologie, du Ionescu Serban. Ed Nathan université 2000. P 54-57.
2. Les états dépressifs, du J. Louis Pedinielli, Ed Nathan université 2004.
3. Article du R. Louis, revue « Soins Psychiatriques N°134-135, décembre 1991, janvier 1992.
Yazid haddar.
[1] Aaron T. Beck est reconnu par ses pairs comme « l’une des dix personnes qui ont changé le visage de la psychiatrie américaine ». Il est professeur émérite au département Psychiatrie de l’université Pennsylvanie. Il mène, depuis 1959, des recherches sur la dépression, l’anxiété, les troubles de la personnalité, les dépendances, le suicide, etc. Son Académie de thérapie cognitive se trouve à Philadelphie.
cet article est publie dans le quotidien d'oran du 13/09/07 .
C’est déjà la rentrée des rentrées et chaque année nous assistons aux même rentrées. Après un été tumultueux, voilà l’automne qui s’annonce difficile surtout avec le Ramadhan, un mois de congé en plus et une corvée de plus pour les parents et en particulier pour les mères. Les enfants sont en vacances depuis la fin du mois de mai, soit trois mois de vacances officiellement et un mois officieusement. On peut y ajouter le temps d’adaptation pour les enfants soit quelques semaines supplémentaires ! Et le programme scolaire sera enfin officiellement respecté ! Voila un pays où les gens travaillent huit mois sur douze, sans compter le nombre de congés maladie et les retards tout le long de l’année, etc. Evidemment, la semaine, on travaille quatre jours sur sept ! Au mieux, certains travaillent cinq mois sur douze, à vous de juger ! En même temps, parmi les nombreux chômeurs, on trouve tous les cas de figure : ceux qui n’ont jamais travaillé de leur vie, ceux qui travaillent au noir, ceux qui n’ont ni diplôme professionnel ni diplôme universitaire, et ceux qui se trouvent en chômage technique suite à la liquidation de leur entreprise, etc. Evidemment, chacun veut travailler, mais dans quoi ! Dans les bureaux, dans les affaires, « import import » ! Bref, là où il y a beaucoup d’argent et sans effort. C’est tout à fait logique car toute personne, dans le monde entier, ne souhaite que cela. En l’état actuel, l’Algérie développe la culture du travail sans effort !
Les Chinois ont du mal à travailler avec nous. Ils disent en effet que nous nous reposons trop ! Chaque demi-heure, c’est pause café et cigarette ! De plus, certains travailleurs n’aiment pas qu’on leur dise ce qu’ils doivent faire et ne supportent surtout pas les remarques sur leur travail ! Pas d’esprit critique ! Pourtant, ils manquent de qualifications dans le domaine, peu de maçons et de peintres ont suivi une formation. Contrairement à ce que croient les gens, ces métiers manuels ne sont plus comme jadis, ils ont subi aussi l’évolution technologique et le respect des normes de construction est l’affaire de tous, de l’ingénieur au simple ouvrier. La formation est non seulement souhaitable, mais surtout primordiale pour s’adapter aux nouvelles techniques et aux nouveaux outils de travail. C’est ainsi, par exemple, qu’on peut trouver une bonne boucherie qui respecte les règles d’hygiène par respect de la santé de ses clients. De même que l’on a besoin de médecins compétents.
Longtemps encore après l’effondrement de l’Empire romain – sans doute jusqu’à la Révolution Française et peut-être même jusqu’à nos jours -, l’aristocrate se définit comme un être qui ne travaille pas. Il pratique des sports, il s’exerce à des jeux, chasse, fait la guerre. Mais tout ce qui relève du travail est exécuté par des esclaves, des employés de maison, etc. Cependant, la révolution scientifique moderne a fait de la pensée de travail cette vision des choses du tout au tout. Non seulement celui qui ne travaille pas, le chômeur, est un homme pauvre car il n’a pas de revenu, mais il est aussi un pauvre homme, car il cesse de développer l’un des traits fondamentaux de l’existence humaine : celui par lequel la liberté nous pousse d’un même mouvement à comprendre et à nous « cultiver » nous-mêmes dans tous les sens du terme. De ce fait, selon Luc Ferry, la valorisation de travail s’avère inséparable de la révolution scientifique qui sera aussi, par bien d’autres biais, porteuse de principes démocratiques : « car la vérité, c’est aussi ce qui vaut pour tous les êtres humains, en tout temps et en tout lieu, pour les riches comme pour les pauvres, pour les puissants comme pour les faibles… »
Pour en revenir à l’Algérie, les grandes sociétés multinationales évitent de s’installer chez nous. Non pas par peur d’une instabilité politique et des obstacles économiques et bureaucratiques, mais tout simplement à cause du manque de main d’œuvre qualifiée ! En effet, ces dernières années, nous avons assisté à un exode massif des cadres et de la main d’œuvre qualifiée qui laisse un trou béant dans la gestion du pays.
Entre un Algérien qui cherche un job sans qualification et un investisseur qui cherche une main d’ouvre qualifiée. Une équation simple à résoudre, mais qui va la faire ?
cette article est publie dans le quotidien d'oran et dépêche de la kabylie du 06 sep 2007
Hiver 1996, j’étais en visite dans mon village natal, dans l’est de l’Algérie. Fuyant les massacres des terroristes, des enfants et des femmes, derrière les hommes, marchaient et portaient leurs affaires sur le dos, et j’ai entendu le chauffeur de taxi dire : « Les pauvres, aucun taxi ne peut s’aventurer dans leurs villages ». Comme d’habitude, c’est toujours les pauvres qui payent la facture de la misère.
Ces images m’ont rappelé les scènes de guerre vues à la télé. J’étais très affecté par cette scène d’exode qui m’a marqué à jamais. C’est à ce moment-là que je me suis rendu compte que nous étions en guerre. Contre qui ? Contre nos propres enfants ! Si les martyres de la Guerre de Libération Nationale avaient su que leur sang servait à une guerre fratricide, ils n’auraient pas sacrifié leur vie ! Ces instigateurs guerriers savaient-ils que la libération de l’Algérie était une longue histoire cramoisie de sang de centaines de milliers d’Algériens ? Mais, parle-t-on de notre victoire ou de notre défaite. Car nous avons réussi à sortir les colons. Cependant, nous n’avons pas su vaincre notre propre colonialisme ! Nous n’avons pas su construire notre pays sur un socle commun et rationnel, avec des hommes d’Etat responsables et consciencieux de l’avenir de leur pays et de leur peuple, qui font passer l’intérêt de l’Etat avant leur propre intérêt. Peut-être allez-vous me dire que c’est l’échec du système politique depuis l’indépendance. Néanmoins, je crois que c’est la défaite de notre école, mais aussi de notre propre histoire. Depuis la nuit des temps, nous commettons les mêmes erreurs, comme si notre histoire ne servait à rien, elle tourne en rond ! C’est un jugement sévère, mais parlons vrai entre Algériens, qu’avons nous fait pour développer le pays ? Si chaque Algérien s’interrogeait sur ses devoirs envers sa patrie au lieu de ne penser qu’à ses droits, peut-être n’en serions-nous pas arrivés là ! L’échec du système politique algérien n’est pas seulement dû aux hommes du pouvoir. C’est aussi l’échec de tout Algérien, qu’il vive au pays ou à l’étranger. Quand on se réclame citoyen d’un pays, ce n’est pas seulement pour tirer profit de son histoire, remplir ses comptes dans les banques internationales et payer des soirées dans des hôtels luxueux. Etre de ce pays, c’est faire évoluer les mentalités et participer à la consolidation des institutions d’Etat. Pour être appliquées, les lois doivent assurer l’autonomie du pouvoir exécutif. Etre de ce pays, c’est participer de près ou de loin aux débats et manifestations, afin d’instaurer la culture d’un état de droit et aider la société à s’organiser. Or, se limiter aux critiques destructives, comme le font certains, au non de la liberté, est inutile. D’ailleurs ces critiques parviennent-elles aux oreilles des concernés ? C’est tout à fait légitime de critiquer, mais dans quel but critiquer une pensée, un projet, ou autre ? L’ultime objectif c’est l’évolution des mentalités, la participation à la construction d’un projet identifié en sachant renoncer à certains caprices et pratiquer l’autocritique. C’est la substance même d’un projet démocratique. Cependant, il me semble que certains intellectuels n’arrivent pas à distinguer une critique constructive d’une vengeance personnelle. La plupart des débats intellectuels restent des lettres mortes car d’une part, le pouvoir reste sourd devant son élite, et d’autre part ces débats ne sont pas accompagnés par des débats ouverts au peuple (dans des centres culturels, avec les associations, les partis politiques, sur les forums internet, etc.) Pourtant, le contact et le dialogue avec le peuple sont primordiaux car notre culture est toujours de tradition orale. C’est ainsi qu’on peut sortir de cette culture de radiotrottoir.
Depuis la nuit des temps, nous fonctionnons par la culture de la rumeur : « ils ont dit que ». Même pendant la décennie noire, on se demandait « qui tu qui ?» Cependant, qui sont ces « ils » ? Est-ce le pouvoir ? Des hommes et des femmes de ce peuple ? Sont-ils des fantômes ? C’est un cercle informel auquel chacun tente d’attribuer une identité en vain. Le plus extraordinaire, c’est que les membres du pouvoir eux-mêmes ignorent l’identité de ces « ils ». Est-ce que notre souveraineté et le centre des décisions du pays sont entre les mains de quelques personnes obscurantistes ? Dans ce cas, la nature et la manière de la gestion politique de notre pays reste à définir. Le peuple n’arrive pas à comprendre ce qui se passe dans les couloirs du pouvoir. Ils n’arrivent pas à comprendre pourquoi il y a eu une guerre civile après l’indépendance, pourquoi les Algériens s’entretuent. Et pourtant, tout le monde se dit qu’il est fils du 1er novembre ! Le peuple n’arrive pas à comprendre qu’avec toutes les richesses que la terre et le ciel lui donnent, il demeure pauvre. Des richesses humaines et matérielles qui ne profitent qu’à une petite minorité. Est-ce par là qu’on découvre que nous avons raté notre indépendance ? Ou bien sommes-nous immatures pour construire une nation ?
J’ai suivi avec intérêt les débats politiques entre Algériens par le biais de la presse nationale et quelques ouvrages sur la question. Je me suis rendu compte que chaque camp accuse l’autre de la faillite en se victimisant. Pourquoi ces personnes ne se rendent-elles pas compte des erreurs qu’elles ont également commises ? En effet, nos politiques n’arrivent pas à admettre leur incompétence dans la gestion politique et le peuple fait souvent confiance en ces dirigeants. Or cette confiance est fréquemment galvaudée et broyée. Cependant, le peuple croira-t-il toujours à la loyauté de ses dirigeants, voire même de son élite ? Il me semble, que le peuple est à bout de patience. Arrivera-t-il à garder longtemps le silence? Comme notre histoire tourne en rond, tous les ingrédients d’un seconde 5 octobre sont réunis : corruption, dilapidation des biens publics, désintérêt des politiques, cherté de la vie, etc. Les leçons à tirer de l’histoire de notre pays seront-elles enfin retenues ?