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Pseudo: Haddar yazidCatégorie: UniversitésDescription:
C'est le prolongement de mes refléxions publiées dans la presse algérienne (el watan, quotidien d'oran....).A vous de réagir!
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Dimanche 08 Juillet 2007

 

Vous êtes-vous déjà posé la question suivante : pourquoi certains Algériens ne respectent-ils pas le code de la route ? Pourquoi nos villes sont-elles passées du modèle européen à des souks ? D’autres questions nous interpellent et titillent nos consciences. Pourquoi ? Comment en sommes-nous arrivés là ? Mon but n’est pas de vous proposer un voyage dans l’histoire de l’Algérie, ni d’accuser les uns ou les autres ; seule l’histoire sera juge des hommes.

 

Dans « le monde de Sophie »[1], quand Sophie voulait apprendre la philosophie, le philosophe lui conseillait de ranger d’abord sa chambre, pour que ses idées soient plus claires. En effet, avant de commencer tout travail, toute personne devrait commencer à s’organiser. Comment accomplir cette tâche et quels sont les moyens dont l’individu a besoin ? (C’est la stratégie cognitive, où chaque individu développe une stratégie pour arriver à un but). « Un travail organisé est à moitié fait ». Pour s’organiser, l’individu doit représenter son environnement et se représenter lui-même dans son système cérébral, c’est-à-dire qu’il doit avoir une image mentale de lui (représentation endogène) et de son milieu (représentation exogène). Ces représentations sont spatiales et temporelles[2]. Elles sont très importantes dans l’évolution de la personnalité et dans la prise de conscience de son environnement et de l’autre[3].

Lors des débats qui ont eu lieu dans les années soixante-dix sur l’inné et l’acquis, Jean Piaget a mis fin à ce litige, en écrivant qu’on n’a pas les mêmes connaissances, mais qu’on a les mêmes mécanismes d’acquisition de ces connaissances. De même, en ce qui concerne la nature temporelle (le comment ?) et la nature spatiale (la localisation) dans le système cérébral, on a tous les mêmes circuits cérébraux pour le traitement de l’information et pour la localisation de l’information. C’est ce qu’on appelle en psychologie cognitive des schémas.

 

Cependant, les représentations spatiales et temporelles sont différentes d’un individu à un autre, d’une culture à une autre, car elles peuvent être subjectives. Chez un(e) Algérien(ne), dans la majorité des cas, on trouve une organisation de l’espace intériorisée. En effet, son habitat est bien organisé selon ses besoins (voir la pyramide de Maslow), on y trouve même un jardin. Mais, dès que l’on sort de la clôture de son habitat, pour lui (pour elle), l’aménagement de l’espace extérieur n’a plus d’importance. Ceci signifie que ce qui est hors de chez lui ne fait guère parti de son image mentale. L’aménagement de l’espace extérieur est alors exclu de sa pensée et de ses priorités. Certains décideurs, quand ils construisent des logements, ont le seul souci de construire. Ils ne prennent guère en compte les aspects sociaux, culturels, écologiques et esthétiques de la ville. Ces décideurs ne sont pas vraiment responsables. En effet, c’est tout simplement parce qu’ils n’ont pas intégré dans leur système ou leur schéma de pensée ces éléments. Je peux multiplier les exemples : dans nos mairies, le service social est vraiment archaïque, les assistantes sociales sont quasi absentes dans le service. A cela s’ajoute une gestion trop affective qui n’a rien à voir avec la rationalité dont les modèles sociaux des pays développés sont imprégnés. En Algérie, ces services sociaux auraient tendance à s’écarter de leur mission initiale ; au lieu d’aider les personnes nécessiteuses, les aides financières sont accordées de façon anarchique comme si le service social était devenu une garantie d’élection pour le maire.

 

Vous avez déjà sans doute remarqué que certains de nos compatriotes ne respectent guère les rendez-vous. Ils viennent souvent une heure après celle prévue en essayant de se justifier. Beaucoup de patrons en pâtissent. Imaginez que vous soyez un directeur d’école et qu’un matin vous ayez cinq professeurs absents sans que vous ne soyez prévenu. Comment réagiriez-vous ? Pourtant ceci est le quotidien des patrons, des hôpitaux, des administrations, etc. Comment ces structures fonctionnent-elles dans ce contexte ? Je vous laisse imaginer la réponse ! Ces exemples indiquent que la notion du temps est représentée d’une manière subjective, qui n’a rien à voir avec la représentation moderne du temps. Dans la pensée occidentale, le temps joue un rôle primordial. Une minute de retard peut perturber votre journée (en France, les transports en commun respectent rigoureusement les horaires). Les gens organisés planifient leur emploi du temps. Ils prévoient ce qu’ils vont faire pendant la journée, la semaine, l’année, leurs vacances, etc. Tout est préparé d’avance. Ainsi, ils peuvent prévoir leurs budgets et l’organisation de leurs séjours de vacances. Cette organisation leur apporte un bien-être certain. De plus, la société occidentale est elle-même bien organisée, ce qui se traduit par une plus grande rapidité administrative et une plus grande efficacité.

 

A l’aire de la mondialisation, les notions du temps et de l’espace sont fondamentales pour que toute personne puisse s’adapter à de nouvelles données et répondre aux concurrences féroces entre les différentes entreprises. Ceci dit, comme la mondialisation est le fruit de la pensée moderne, l’Algérien devrait intégrer cette évolution. Certes, nos ancêtres avaient bien organisé notre cité, mais à l’heure actuelle, leur organisation ne correspond plus aux besoins de notre évolution et à celle du monde.

 

Notre école est passée à côté de beaucoup de choses importantes, sur le fond et la forme, d’où la nécessité de la réformer car la personnalité algérienne est en perdition. En effet, l’apprentissage scolaire a aussi son rôle à jouer afin que les représentations spatiales et temporelles répondent aux besoins de l’évolution de la société. Par exemple, pourquoi ne pas développer la sensibilisation à l’art, à la beauté afin que le futur citoyen algérien intègre les éléments esthétiques, sociaux, culturels, etc. dans sa pensée ? Ainsi, nous obtiendrions une cité harmonieuse et respectueuse de l’environnement, imprégnée de notre culture enfin organisée. Il serait également intéressant de transmettre aux élèves les clés nécessaires à la compréhension d’une œuvre d’art. Outre l’apprentissage de l’expression artistique, ils seraient capables d’analyser une œuvre et d’étudier son histoire. Ainsi leur imaginaire en serait marqué. De plus, il serait intéressant que nos jeunes lisent ce que les autres hommes ont pensé, pour les aider à former leur propre jugement sur la vie et sur le monde.

 

Des nouvelles des sciences cognitives.

Notre mémoire a une capacité illimitée de stockage. Plus on apprend, plus il est facile d’apprendre. La mémoire obéirait à un effet « boule de neige ». Au lieu de se saturer, elle repousserait sans cesse ses propres limites, de sorte que les données apprises faciliteraient l’acquisition de nouvelles connaissances[4]. Alors travaillons notre mémoire !

Yazid Haddar

yazid2000dz@yahoo.fr

 



[1] Ecrit par Jostein Gaarder, un roman que je conseille à tous les profs de philosophie et à tous ceux qui s’interroge sur : « A quoi sert la philosophie ? ».

[2] Toutes les expériences montrent que l’hémisphère droit est dominant dans les tâches spatiales.

[3] Les neurologues imaginent, d’après une étude de cas, que la perception du temps repose sur un circuit qui associe le thalamus et le lobe frontal : si l’un de ces deux éléments est endommagé, on ne peut plus classer efficacement les évènements de la vie. Ces « circuits du temps » sont nommés « circuits thalamo-corticaux ». (cf. article du neurologue Patrick Verstichel - centre hospitalier intercommunal de Créteil - in Cerveau et Psycho, p 79 , n°21, mai/juin 2007)

[4] cf. Dorothy Tse et al. Shemas and memory consolidation, in Science, vol.316. p 76, 2007.

 

publié par Haddar yazid dans: psycho
Dimanche 08 Juillet 2007

 

Les situations politiques et les mutations sociales et culturelles ont laissé des séquelles sur la vie psychique de nos concitoyens, mais aussi des traumatismes et des handicaps, qui nécessitent une prise en charge, sur le plan médical et psychologique. Mon interrogation porte sur la formation de nos psys. Comment sont-ils formés ? Quelles sont les grandes écoles de psychologie qui les influencent ? Fort de trois années d’expérience en tant que psychologue dans un centre de handicapés à Alger, je vous apporte mon témoignage. Je tiens à préciser que mon parcours universitaire est le fruit de l’école fondamentale Algérienne. Je vous parlerai du contenu du programme universitaire et des grands courants de la psychologie existant en Algérie. Puis, j’aborderai les obstacles auxquels sont confrontés les psychologues sur le marché du travail.

Tout d’abord, la psychologie en Algérie est intégrée dans les départements des sciences sociales. Or, elle a pris son autonomie et elle est une science. Dans les grandes universités on trouve un département de psychologie avec des laboratoires et des blocs de recherche sur l’addiction, le sommeil, l’apprentissage…etc. Le contenu du programme est daté de la fin des années soixante-dix et début des années quatre vingt. Pourtant, la psychologie est une science où les champs de recherche ont beaucoup évolué pendant la dernière décennie. Chaque année il y a de nouvelles recherches et de nouveaux champs d’applications. Les neurosciences, par exemple, nous apportent chaque jour de nouveaux éléments pour comprendre les comportements humains et les appréhender, expliquer les phénomènes sociaux, culturels, spirituels (…), et pour accéder à cette discipline, les futurs psys doivent connaître la neurobiologie et la neurophysiologie, notions exigées pour comprendre les phénomènes d’apprentissage, d’addiction et la gérontologie (par exemple, maladie d’Alzheimer). La pharmacologie est aussi indispensable, en particulier pour les cliniciens, pas uniquement pour connaître les noms des psychotropes, des neuroleptiques, des thymorégulateurs et des antidépresseurs mais pour connaître et maîtriser leur substance ainsi que leur mécanisme d’action au niveau synaptique (comment influent-ils sur les comportements humains ?) On peut citer d’autres modules, auxquels les programmes ne font aucune allusion, comme la psychologie cognitive assurée par des séminaires sur l’imagerie mentale, sur la motivation, sur l’éducation, sur les pathologies de l’adulte et de l’enfant, mais aussi sur le vieillissement (cela fait partie du grand chantier que les responsables n’ont pas pris en considération, car ils pensent que les personnes âgées sont prises en charge par la famille. Par contre, l’individualisme gagne du terrain dans les pays émergents et dans son sillage, la notion du confort est sa substance. La prise en charge médicale en fait partie, et celle-ci nécessite un personnel qualifié). En outre, j’insiste sur l’importance de l’enseignement de la théorie de l’évolution, qui est enseignée dans toutes les grandes universités du monde, y compris dans les pays du golfe, afin de comprendre la conscience humaine et l’évolution de l’homme, loin des explications religieuses. L’étudiant va entrer dans le monde scientifique qui va lui donner l’esprit critique et la curiosité scientifique. Dans le même ordre d’idée, la philosophie est un module indispensable à la formation du psychologue, pour connaître les grandes écoles philosophiques, mais aussi pour distinguer ce qui est scientifique de ce qui est philosophique (entre psychanalyse et psychologie scientifique). À ce titre, le contenu ne doit pas se limiter à la philosophie islamique et arabe (c’est toujours le cas) mais il doit intégrer des cours sur la philosophie dite occidentale. Cependant, les enseignants en charge de biologie par exemple, doivent être diplômés dans leur domaine (neuroscience, biologie …etc.). Or, je me souviens que le professeur du cours de biologie était une orthophoniste, et que celle qui était chargée des TD était une étudiante en second cycle de psychologie. De ce fait, ni l’une ni l’autre n’avait de relation directe avec la biologie. Comment voulez-vous connaître l’anatomie et le fonctionnement du cerveau avec des connaissances de bases absentes ? En outre, la majorité des enseignants n’avaient pas perfectionné leurs connaissances pour aborder d’autres champs. A cela s’ajoute leurs problèmes sociaux, qui ne sont pas encore pris en charge (lors d’une


discussion, un sociologue marocain m’a confirmé qu’au Maroc, un professeur à l’université touche 1500 Euro par mois au début, mais qu’il peux arriver jusqu’à 2500 Euro, par ses publications et avec de l’expérience mais surtout lorsqu’il est attaché à un institut de recherche privé). Dans mon parcours universitaire, chaque année, la rentrée était tardive et l’année universitaire se terminait vers la fin du mois de mai. A vous de juger sur la fin du programme !

Pour la documentation, c’est une autre histoire ! Les livres en langue arabe sont tellement usés qu’on peut trouver des pages entières déchirées. Le contenu est vraiment très pauvre. Parfois, on rencontre des difficultés de compréhension car les traducteurs sont libanais et utilisent par conséquent une terminologie dont nous n’avons pas connaissance. Les ouvrages traduits portent en grande partie sur la psychanalyse et l’interprétation des rêves (imprégnés d’un esprit religieux), sur l’éducation (basée surtout sur la théorie des stades de Jean Piaget) mais aussi sur les statistiques, sur certaines pathologies, le retard scolaire, etc. Les ouvrages sont toujours en français. Ces livres nécessitent non seulement la connaissance de la langue française, mais également la maîtrise de celle-ci. Or, notre génération a reçu l’enseignement de la langue française tardivement (en quatrième année fondamentale). En effet, il y a des zones où il y a un réel manque de professeurs de langue française, avec parfois des profs qui n’ont même pas le niveau Bac. Comment voulez-vous maîtriser cette langue ? Sans entrer dans une polémique sur l’enseignement de la langue arabe, je crois que les dirigeants politiques ont commis un carnage sur le plan linguistique. Quand je compare les étudiants algériens avec les étudiants marocains ou tunisiens, je me rends compte de l’aventure aveugle de nos dirigeants. Un algérien n’arrive pas à s’exprimer avec une seule langue correctement, par contre les marocains parlent et écrivent en langue arabe et en français correctement. Cependant, ma conviction est que l’enseignement de la langue française est primordial dans l’enseignement des sciences sociales et humaines, ainsi que la biologie, les mathématiques, la physique, etc. En effet, le français facilite l’apprentissage et l’accès à la documentation sans passer par des mauvaises traductions et il permet d’être à jour et autonome afin de développer un esprit critique et être au fait de ce qui se passe dans le monde des sciences. Nos voisins marocains ou tunisiens l’ont bien compris, ils ont fait leurs choix. Pour l’anglais c’est une autre histoire !

En Algérie on ne peut pas parler de courants dominants, mais au cours des années soixante dix et quatre-vingt, le Professeur Boucebci a marqué deux générations. Il a fait beaucoup d’études très connues par l’approche ethnopsychiatrie. Cependant, comme tout pays francophone, l’Algérie n’a pas échappé à l’influence de la psychanalyse dans les prises en charge. On peut trouver les ouvrages de François Dolto un peu partout sur le marche du livre. La majorité des étudiants lisent Freud, bien qu’il ne soit pas étudié à l’université. C’est pour cela qu’on ne peut pas parler vraiment de la psychologie en Algérie, car la discipline est tout à fait nouvelle dans la société où les pratiques traditionnelles sont omniprésentes pour la prise en charge des handicapés mentaux. D’ailleurs, de nos jours, certains imams utilisent ces méthodes pour prendre en charge par exemple l’angoisse, la dépression, les troubles bipolaires et autres. Pour l’anecdote, j’ai reçu un jour un enfant, qui souffrait d’un retard mental. Les parents l’avaient emmené chez un taleb. Celui-ci pensait qu’il était possédé par les djinns et que c’était pour cette raison qu’il ne parlait pas. Aussi pour le faire parler, il le brûla avec du fer. Il y a beaucoup de cas de ce genre. Chez certains psys Algériens, on ne peut pas parler à proprement dit de courants systémiques, cognitifs, psychanalytiques, neuropsychologies, neurocognitifs…etc.

Pratiquer la psychologie en Algérie nécessite uniquement la détention d’une licence de psychologie option clinique. Mais on trouve souvent beaucoup de psychologues avec un diplôme de DEUA de psychologie, ou une licence d’orthophonie. En France, pour exercer la psychologie, il faut avoir un master professionnel en psychologie (Bac+5), et l’accès en deuxième année de master se fait sous conditions dont celle d’effectuer de nombreux stages.

Le premier obstacle auquel le psychologue va se confronter, c’est la langue, car il travaille avec des psychiatres ou des médecins ; les correspondances se font en français avec une terminologie médicale alors que toute sa formation s’est déroulée en langue arabe ! Ensuite, les tests, s’ils existent, sont tellement obsolètes et majoritairement importés des pays du nord, que le psychologue doit les traduire et les adapter à la culture locale. A ma connaissance, il n’y a pas d’institutions qui s’occupent de l’adaptation et de la traduction de ces tests nécessitant des experts. Parfois, le psychologue se trouve devant des cas qui le dépassent. Par manque de formation thérapeutique adéquate, ce dernier se trouve dans l’impossibilité de suivre une personne psychotique ou un autiste. Ce point m’amène à m’interroger sur l’importance de la formation continue pour combler cette carence. Or, on ne peut pas réduire cette formation à des réunions dans de grands hôtels ! Les psychologues ont vraiment besoin de formations pratiques, dans les hôpitaux, les centres pour handicapés. Ils ont également besoin de développer des méthodes de prise en charge thérapeutique adéquates au mode social et au mécanisme de pensée locale, en l’étalonnant à des méthodes scientifiques universelles.

Je pense que l’Algérie a vraiment besoin de psychologues pour répondre aux besoins croissant de ses citoyens. Comme je l’ai souligné plus haut, les traumatismes vécus par nos concitoyens nécessitent une prise en charge scientifique de qualité. Pour développer et vulgariser cette discipline, l’institution Algérienne doit s’adapter aux réglementations internationales en matière de formation et de prise en charge. Cependant, la coopération avec les autres institutions et universités de qualité est urgente. Il est urgent de légiférer en Algérie sur l’exercice des méthodes thérapeutiques afin de s’éloigner des méthodes charlatanesques. Car ces méthodes assez présentes dans l’algérois commencent à se propager à d’autres régions du pays. Si la population croit encore à la rakia c’est bien parce que les psychologues ne répondent pas encore à ses besoins. « Dans le champ de la psychopathologie, écrit Professeur Boucebeci, on reste stupéfait par certains écrits portant sur le Maghreb, l’Algérie, et aussi du nombre d’extravagances voire d’inepties éventuellement fidèlement reprises et transmises parfois même par des nationaux. Il serait inutile de chercher querelle à leurs auteurs. Il faut simplement prendre conscience que faute d’être partie prenante, d’autres le font à notre place. La recherche scientifique se doit d’être ouverture, contestation, critique, excluant le dogmatisme et évidemment la malhonnêteté intellectuelle dont il faut à peine rappeler qu’elle est à différencier de l’erreur, notre lot à tous (…). Le danger essentiel à l’étape actuelle est le silence ou le cantonnement à des approches théoriques plus ou moins bien digérées, ou censées se vouloir dans une ligne idéologique ».  (Cf. Maladie mentale et handicape mental, p 8-9).

 

 

Haddar Yazid

 

 

publié par Haddar yazid dans: psycho
Dimanche 08 Juillet 2007

 

L’identité est un sujet d’actualité en Algérie comme ailleurs. Que l’on aille d’est en ouest, du nord au sud, les gens parlent souvent d’identité. Certains se réclament de l’identité arabo-musulmane et d’autres de l’identité berbère ; certains enfin marient les deux à la fois. Je ne comprends pas les jeunes gens qui refusent ‘’l’identité algérienne’’ ou pis encore, veulent nier toute « algérianité »en eux.  Pourquoi ce refus ? Sans faire de psychanalyse ou de sociologie, il suffit d’écouter et d’observer leur façon de voir les choses et la façon dont ils les vivent. L’idée qui me vient à l’esprit, c’est l’ignorance de l’histoire d’Algérie ! Si la vraie histoire de l’Algérie, de la préhistoire à nos jours, était enseignée, l’ignorance et le refus n’existeraient pas. Mais quand on enseigne l’histoire selon une idéologie importée et imposée, le résultat de cette histoire est dangereusement faussé.

Ben Bella[1], tunisien, dit en 1962 : « L’Algérie est arabe, arabe, arabe… » par trois fois pour insister. Avait-il peur de perdre cette identité ? D’autre part, en 1942, Ferhat Abbas dit : « L’Algérie n’est ni arabe ni française».

 

Où est la vraie identité algérienne dans tout cela ?

 

 

Essayons de définir l’identité : elle est ce qui permet de reconnaître une personne parmi toutes les autres ; elle est aussi un caractère de qui est un, de ce qui demeure identique à soi-même[2].

Selon la définition officielle, l’identité algérienne se compose de l’Islam, l’Arabe et du tamazight. Il faudrait y ajouter en bien des cas des éléments de culture française, mais cette dernière n’est pas incluse dans l’identité algérienne telle qu’elle est conçue par la constitution. Quand l’histoire officielle est falsifiée, l’identité est encore dans le tunnel. En effet, si nous creusions dans l’histoire de ce pays, nous trouverions que l’Algérie a été violée à plusieurs reprises, de l’antiquité à nos jours. La position géographique de ce pays, à la charnière de deux continents, a séduit beaucoup de conquérants et elle séduit encore. Cette région a été un lieu de passage inévitable pour toutes les invasions. Ce qui fait que l’Algérie a été fréquentée par plusieurs peuples qui ont laissé des traditions et des langues, sans oublier les religions, de l’Animisme à l’Islam via le Judaïsme et le Christianisme.

Toutes ces influences on produit un amalgame de valeurs qui forment la richesse de ‘’l’identité algérienne’’. Cependant, elle est mal comprise. En effet, en excluant tous les apports qui ne sont pas de l’Islam et de la langue arabe, elle se prive de valeurs éminentes. Certes la définition de l’identité a subi des mutations. Par conséquent, on ne peut la réduire à la langue et à la religion. On peut très bien se servir d’une autre langue que l’arabe et adhérer à une religion autre que l’Islam. Cette liberté religieuse et linguistique doit être assurée par des lois inscrites dans la constitution algérienne. Prenons le cas de l’écrivain Jean Amrouche[3] pendant le période coloniale. Sur sa carte d’identité, il était inscrit qu’il était français et musulman, alors qu’il n’était ni l’un, ni l’autre. Imaginons maintenant un autre Jean Amrouche. Pourrait-il se reconnaître dans la constitution algérienne actuelle ?

A l’heure de la mondialisation et de la globalisation (universalisation des valeurs), l’homme moderne réclame davantage de liberté individuelle. Je conçois cette dernière comme une possibilité de choisir un idéal de vie. L’Etat devrait proposer et respecter le choix des citoyens. Il devrait également être garant de cette liberté individuelle.

 

L’ordonnance n°06-08 du 28 février 2006 adoptée le 20 mars 2006 qui fixe les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans, est une loi injuste et ne trouve guère sa place dans le monde civilisé. L’Algérie est un pays qui prône, dans son discours officiel, le dialogue entre les civilisations, mais qui, en même temps, se voit réduire la liberté religieuse. L’Algérie vient-elle rejoindre ces pays dits musulmans ? Doit-elle n’être que musulmane ?

 

 

La réalité est le contraire de ces ordonnances absurdes par leur substance. Je trouve que cette loi est rétrograde et qu’elle ne correspond pas à l’image d’un pays en pleine effervescence économique. En outre, cette loi ne respecte pas les normes d’une république moderne. J’espérais que notre Etat parvienne à protéger la liberté des consciences au lieu de les limiter à une seule conscience. N’est-ce pas là un retour à l’esprit totalitaire ?

 

 

J’ai appris que l’Etat doit garantir la multiplicité des consciences afin que ses citoyens jouissent de libertés qui leur correspondent. Au sein de la République qui a été construite par l’ensemble des citoyens, l’Etat se doit d’assurer à chacun le droit au respect. Avons-nous oublié le rôle joué par les Algériens chrétiens, les communistes, et les juifs dans la lutte contre l’occupant ? Avons-nous oublié le rôle joué après l’indépendance par nos chrétiens pour former notre élite et pour préserver et diffuser notre culture dans le monde entier ?

 

 

Aujourd’hui, peut-on parler de l’individualité identitaire ?

 

 

Je pense que l’identité ne doit pas rester prisonnière d’une identité nationaliste. Au contraire, elle doit être un facteur dynamique qui participe à l’épanouissement de tout individu et non pas un facteur d’exclusion. En principe, chacun peut épouser une langue, concevoir sa vie selon son idéal et selon sa particularité qui nous différencie les uns des autres. Certes, comme je l’ai expliqué plus haut, chaque personne a un style de vie, des valeurs, des modèles idéaux, qui correspondent à sa liberté. Même si ces composantes sont différentes d’un individu à l’autre, on se doit de les respecter. Cependant, sommes-nous prêts à accepter les différences ? Notre école a-t-elle préparé des citoyens tolérants ?

Observons le comportement de nos compatriotes pendant le mois de ramadan. Le Coran permet à toute personne malade, à tout voyageur, et à toute femme réglée, de manger. On peut ajouter au nom de la tolérance les personnes qui ne partagent pas la même confession musulmane. Pourtant, pendant cette période, on ne trouve aucun restaurant ouvert. Si un diabétique a besoin de prendre une pomme, il est obligé de se cacher comme un criminel et pourtant, Dieu lui permet de manger. Au quotidien, cette attitude intolérante pèse de plus en plus sur les citoyens qui ne partagent pas les mêmes valeurs. Ces derniers se sentent incompris, souvent marginalisés et exilés dans leur propre pays, ce qui les mène à quitter le pays vers une destination où les différences sont davantage acceptées.

 

Nous ne pouvons pas nous permettre d’accuser les sociétés occidentales d’être intolérantes envers les musulmans, dès lors que ces derniers ne tolèrent pas les confessions différentes et punissent même, parfois sévèrement, leurs concitoyens qui font d’autres choix de vie. Ce comportement est inconcevable dans les sociétés occidentales. Parler de tolérance est une chose. L’appliquer en est une autre.

 

Je conçois l’identité individuelle comme une entité en évolution permanente. L’identité algérienne doit prendre en compte ses origines multiples et être animée de l’intérieur par l’amour et le respect de la citoyenneté !

 

Haddar Yazid,

 

 



[1] Cf. indépendance confisqué : Ferhat Abbas.

[2] Cf. : Micro Robert.

[3] Témoignage d’un ami de Jean Amrouche.

publié par Haddar yazid dans: psycho
Dimanche 24 Juin 2007

 ‘’L’homme est un apprenti, la souffrance est son maître.

Et nul ne se reconnaît, tant qu’il n’a pas souffert’’

Musset.

 Le mal et la souffrance font partie de la condition humaine. D’où vient ce mal ? De nous ? Des autres ? De Dieu ?

 

La souffrance n’a pas de frontières. Qu’on soit riche ou pauvre ; noir ou blanc, homme ou femme, rien ne nous met à l’abri.

 Il existe deux types de souffrance :

 

  • La souffrance physique : elle nous atteint dans notre corps. Ce mal vient de notre capacité à être sensible. Il peut nous nous être infligé par la nature ou par le fait des hommes (ex : accident, chute, etc.). Parfois, le mal est une cause directe de notre responsabilité personnelle (ex. : l’excès de boisson).
  • La souffrance psychique nous atteint dans notre âme, notre être moral. Elle vient de nous, de notre péché personnel : lorsque nous faisons du mal aux autres, notre conscience nous rend compte de ce mal et de sa gravité (c’est la culpabilité). La souffrance psychique vient aussi de notre interprétation des faits d’autrui. Par exemple, si nous n’aimons pas les critiques, nous en souffrons, même si ces critiques sont formulées avec amour ou amitié et dans notre intérêt.
  • Il y a une autre forme de souffrance, de caractère purement spirituel. Ainsi, quand l’homme est en recherche de la Vérité ou quand il se sent abandonné par Dieu, il reste dans l’obscurité.

     Dans le même ordre d’idée, nous pouvons souffrir de la souffrance des autres. Cela dépend de notre degré de sensibilité. Plus l’Homme est sensible, plus il souffre. Notre sensibilité nous humanise ; elle nous fait communier avec la souffrance des autres. Je pense que la souffrance n’est pas négative car, comme disait Freud, « Tant qu’un Homme souffre, il peut encore faire du chemin. » La souffrance nous invite à refaire un nouveau chemin, une nouvelle vie. Elle stimule notre imagination pour trouver des solutions à nos problèmes. C’est vrai qu’il y a un abîme entre écrire sur la souffrance et vivre la douleur dans la chair et dans l’âme (psyché).

     Comment la souffrance s’introduit-elle en nous ?

     Selon Xavier Thévenot, la souffrance connaît trois étapes : 

     

     

  •    Un temps de choc où la personne est comme paralysée par une nouvelle, un acte, une frustration ; 
  •  Le temps de travail (le deuil) : c’est le temps de silence où on réaménage son histoire, sa propre mémoire, ses expériences (on peut s’appuyer sur une expérience douloureuse pour se reconstruire soi-même) ;
  • Le temps de travail appelé « temps de Pâque (référence à la vie de Jésus) : c’est un temps d’espérance, à ne pas confondre avec le repos.

    Comment gérer notre souffrance ?

     Selon George Bergantz : « La vie humaine prise en elle-même est un tissu de souffrance où brille ça et là une leur de joie. L’homme a l’habitude de s’arrêter au plus sensible et non au plus raisonnable. Alors, il souffre davantage. »

     En m’inspirant de St François de Sales dans son livre ‘’introduction à la vie dévote’’, je vais essayer de donner quelques clefs pour dépasser la souffrance.

    •  Prendre un temps de silence pour déterminer la source de la souffrance.
    • Prendre du temps pour trouver des solutions dont on espère l’efficacité.Aller doucement quand on combat la souffrance.
    • Trouver un bon accompagnateur, qui peut vous aider à trouver des solutions, à faire des analyses sur vous-même. Je dis bien "un bon accompagnateur". 
    • Et pour les croyants, il est primordial d’avoir confiance en Dieu, ou en Bouddha, ou un autre dieu. Quand on aime une personne, on s’abandonne à elle, on ne doute jamais d’elle, car on l’aime. Quand on reçoit une bonne ou mauvaise nouvelle, la première personne à laquelle on pense, c’est cette personne de confiance. Avant ou après la souffrance, on demande à Dieu son aide, car c’est nous qui avons besoin de lui. Il nous aime, il nous donne ce que notre moi profond désire. Il faut Lui faire confiance.

     

     

 Yazid Haddar.

 

 

 

 

publié par Haddar yazid dans: psycho
Vendredi 08 Juin 2007

« Ce ne sont pas les évènements qui perturbent l’homme mais sa façon de les interpréter »

 

Epictète.

 

 

Les débats sur les élections législatives ont montré une diversité d’opinions. Certains les voient d’un œil positif. D’autres se plongent, comme d’habitude, dans des analyses moroses. Je m’interroge sur les arguments avancés : sont-ils vérifiables ou sont-ce uniquement des hypothèses et des règlements de comptes remontant parfois jusqu’à la guerre de la révolution ? Tant mieux si tout le monde n’est pas d’accord sur l’abstention du peuple algérien car si tout le monde pensait la même chose, personne ne penserait, comme disait un certain philosophe. Imaginons que le taux de participation soit de 80 % ou, comme dans d’autres pays, de 99%, quelle serait la réponse des analystes et commentateurs ? Tout le monde parlerait de fraude.

 

Certains analystes et commentateurs élitistes s’éloignent de plus en plus de la réalité sociale. En effet, un fossé sépare les administrateurs des administrés, et l’élite de son peuple. Ce fossé ne fait qu’aggraver la situation politique, voire même la sécurité et la stabilité des institutions de l’Etat.

 

L’Algérie vient de passer un cap important dans son évolution car elle est parvenue à organiser des élections sans émeute ni meurtre. Bien que quelques contestations concernant d’éventuelles fraudes aient été exprimées, je crois que nous avons réalisé une démarche importante dans la démocratie et dans l’encrage d’un exercice citoyen qui va, à mon avis, imprégner la conduite politique à venir. Cet effort doit être pris en compte et valorisé, ce qui renforcera et stabilisera les fondements des institutions républicaines.

 

Pour parler de démocratie, il faut que les institutions se stabilisent et que les passations de pouvoirs soient respectées. Ce qui m’amène à espérer que l’actuel président ne modifie pas la Constitution en vue d’un troisième mandat. Car je pense que la République Algérienne a réellement besoin d’une stabilité constitutionnelle ancrée dans un exercice démocratique, ce qui donnerait confiance aux citoyens et constituerait un exemple pour les générations futures.

 

La suspicion perpétuelle de fraudes et la remise en cause systématique du pouvoir en place ne font en aucun cas avancer les conditions de vie des algériens. Bien au contraire, la situation stagne et régresse. Nous assistons ainsi à l’émergence de forces politiques d’inspiration religieuse, qui ne peuvent que conduire au désastre dont a souffert le pays lors de la décennie noire.

 

Si le peuple juge inutile d’aller voter, c’est que les conditions de vie n’ont guère progressé. Les problèmes sont faciles à énumérer : chômage, logement, santé, éducation, justice, etc. Il faut reconnaître que le gouvernement actuel effectue un travail gigantesque (assuré par une manne pétrolière) pour absorber le chômage et investir dans des projets d’infrastructures importantes relançant le développement économique du pays.

 

Si les sociétés étrangères installées dans le pays trouvent que certains de nos compatriotes ont des difficultés à travailler selon leurs normes, c’est parce qu’ils ont l’habitude d’être assistés par l’ancien système politique. En outre, ils ne font plus confiance au gouvernement actuel car ils entendent quotidiennement dans les médias et les « radios trottoirs », que l’Algérie est riche, et en particulier qu’elle a 80 milliards de dollars en réserve. Ainsi pensent-ils que les membres du gouvernement sont corrompus ! Pourtant, notre « richesse » ne peut faire vivre le pays que pour une courte durée.

 

Arrêtons de faire croire aux Algériens que leur pays est riche ! Ils se remettront ainsi au travail. Que les politiques cessent d’hypnotiser notre peuple avec des discours nationalistes stériles ! Que les religieux cessent de prêcher un islam rétrograde ! Que les démocrates cessent de regarder notre peuple d’en haut ! Que les intellectuels cessent de moraliser notre peuple !

 

 

 

Yazid HADDAR

 

 

 

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