« Pas de contrainte en religion »
Coran (II, 256).
A-t-on le droit d’adhérer à une religion différente de nos parents ? Oui. Peut-on imposer à une personne de se convertir à une religion ? Non. Doit-on laisser les autres religions exercer leur culte ? Oui. Les autres religions font-elles partie de notre patrimoine identitaire ? Oui. Il y a tant d’autres questions que les Algériens doivent en poser car c’est l’avenir de notre pays qui est en jeu. L’ordonnance n° 06-08 du 28 février 2006 adoptée le 20 mars 2006 qui fixe les conditions et règles d’exercice des cultes autres que musulmans, est une loi injuste et ne trouve guère sa place dans le monde civilisé[1]. Je me suis déjà exprimé à propos de cette loi que je trouve rétrograde et qui ne correspond pas à l’image d’un pays en pleine effervescence économique. En outre, cette loi ne respecte pas les normes d’une république moderne. J’espérais que notre Etat parvienne à protéger la liberté des consciences au lieu de les limiter à une seule conscience. N’est-ce pas là un retour à l’esprit totalitaire ? Les gouverneurs doivent intégrer dans leur pensée que nous sommes dans une république et non pas un royaume, que nous sommes des citoyens et non pas des sujets ! La citoyenneté est basée sur le respect des droits et devoirs de chacun. Cependant, la religion se situe au niveau individuel : c’est à l’individu de choisir une liberté, une conscience qui lui correspond. Et l’Etat doit être le garant de cette diversité[2] (article 36 : « La liberté de conscience et la liberté d'opinion sont inviolables »). Le mouvement national émane du modèle républicain français et est nourri par ses valeurs comme la laïcité, un Etat de droit, la justice sociale, etc. (le fondateur du PPA, père du mouvement national, était influencé par Mustafa Kemal, fondateur de
La campagne médiatique menée par la presse écrite, en particulier par un quotidien très connu pour ses penchants islamistes en considérant toute question comme une agression et toute réponse comme une riposte, me semble exagérée et infondée. S’attaquer à une minorité qui ne représente même pas 1% de la population algérienne, ne constitue qu’une provocation gratuite. Cette minorité représente-t-elle un danger pour le pays ? Porte-t-elle un message de haine et d’intolérance ? Ce qui me gène dans cette question, c’est l’infantilisation du peuple Algérien : on choisit à sa place. Depuis un siècle et demi, les Algériens étaient sous la domination coloniale française. Ils n’avaient guère songé à renoncer à leur religion (même les harkis sont restés fidèles à leur religion qui fait partie de leur identité). Cela dit, ceux qui ont opté pour d’autres formes de croyance et d’incroyance, aiment leur pays comme tout le monde. Ils sont fiers d’appartenir à la nation algérienne et sont parfois plus chauvins que ceux qui se réclament les gardiens du temple « de l’identité nationale ». Cette campagne médiatique est menée à la manière d’El-Djazira : chaque jour, nous avons droit à un article sur la communauté chrétienne algérienne vivant en Algérie ou ailleurs. Ce n’est qu’une alimentation de l’idéologie et de la pensée répandue, adoptée par ceux qui croient aux chocs des civilisations ! Tant mieux s’il existe dans ce pays des personnes qui pensent et croient différemment, car si tout le monde pense de la même façon, personne ne pense, comme dit le philosophe. Nous sommes très loin du cas des pays d’orient où chaque religion est importante.
La présence chrétienne en Algérie ne date pas d’aujourd’hui, elle fait partie de l’histoire de notre nation. Des noms célèbres de l’Eglise ont marqué l’histoire de cette dernière. Doit-on nier cette partie de nous ? Doit-on l’extirper de nos manuels scolaires, de nos têtes pour satisfaire une minorité qui ne parvient pas à regarder et à assumer toutes les racines historiques de cette partie du monde. Pendant
Ce n’est pas le Père Pierre Wallez qui célèbre une messe pour une fête de Noël pour les chrétiens émigrants, ni le centre social où travaille le père Jan Heuft (qui a consacré sa vie aux sourds et muets algériens) qui vont déstabiliser le pays. Imaginons qu’une communauté musulmane, vivant clandestinement dans un pays européen, célèbre la prière de l’Aïd et que les autorités de ce pays emprisonnent l’Imam pour prosélytisme ! Quelle serait la réaction des musulmans du monde ? On parle beaucoup de la tolérance et on crie à l’injustice lorsque les autres touchent à nos libertés, mais qu’en est-il de nous ? La liberté du culte chez nous régresse et cette intolérance pousse des Algériens à l’exil. Il serait préférable de canaliser l’énergie gaspillée pour semer la peur de l’autre, afin de construire un état de droit et développer la modernisation de notre société. Comme l’a écrit Lahouari Addi, « le plus urgent n’est pas de définir aujourd’hui les fondements culturels de la nation; il est plutôt de la doter d’institutions représentatives des individus et des groupes sociaux qui la constituent sociologiquement et qui eux-mêmes construiront à travers le temps les fondements culturels. La culture n’est pas seulement une mémoire collective, elle est surtout une pratique vivante en perpétuel devenir ».
[1] Cf. Q.O du 28.06.07
[2] Dans le préambule de la constitution algérienne, on trouve que
[3] Cf. Q.O. 26-27/02/08 réflexion du sociologue Lahouari Addi
« L’erreur rectifie l’homme »
Saint Augustin.
Lors d’un voyage que j’ai effectué dans un pays Européens, j’étais assis dans le métro lorsqu’une personne m’a abordé et lors de notre conversation il m’a posé la question qui fâche : «De quel origine êtes-vous ?». Naturellement tout fière de mon pays, j’ai dit : « Je suis Algérien ». Spontanément la personne m’a dit en anglais : «Là où on tue les enfants et les femmes ! ». La réponse de cette personne m’a vraiment affecté. C’est ainsi, lorsque on voyage à l’étranger, notre image est très loin de ce que nous pensons, parfois même on trouve des personnes qui ignorent complètement l’existence de notre pays. Certains pensent que l’Algérie c’est un petit département français, et d’autres citent des villes telle que Tunis, Tanger, Marrakech, (…) etc. Hormis les amateurs de littérature française (Albert Camus et d’autres auteurs) peu de personne connaissent notre pays. Parcontre, des Français connaissent notre pays mieux que nous-mêmes ! Je sais bien que beaucoup de lectures ont été confrontés un jour au l’autre à cette question : « D’où êtes-vous? ». D’ailleurs cette question a inespéré un sketch à l’humoriste Fallag. Qu’elle image l’Algérie laisse-t-elle à l’étranger ?
Aujourd’hui nous sommes bien loin d’une image d’une Algérie luttant contre colonialisme français. Nos aïeuls étaient fiers d’exhiber leur passeport algérien. Malheureusement, il en est toute autrement pour les gens de ma génération. Chaque jour des milliers de personnes tentent traverser la mer méditerranéenne pour rejoindre le nord, au péril de leur vie. Pourquoi en sommes-nous arrivés là ? Je ne vais pas vous soûler avec un discours noirci, ni une moralisation absurde et vaine, mais tout simplement je désir vous faire part de mes interrogations. On se cherche toujours, les caisses de l’Etats sont pleines et le peuple est pauvre (tout le monde le sait) que faire ? Sortir dans la rue serait-il efficace ? Ecrire des articles ? Dénoncer les magouilles de nos dirigeants dans les instances internationales ? Créer des partis politiques, qui n’arrivent même à proposer des solutions à part les critiques accrues ou un soutien sans limite au chef de l’Etat ? Que faire ! J’avoue que cette situation est très asphyxiante et pousse tout le monde à la révolte, mais contre qui ? Contre ceux qui affirment : « Tout va bien, notre pays réaliser à un taux de croissance élevé, tout le monde va travailler, les touristes reviennent, notre école va bien, on construit des logements sociaux pour tous, pas d’acte de terrorisme, etc. ». Ou contre les barbus qui veulent instaurer une République Islamique ! Ou contre ces minuscules partis dits démocratiques, qui n’arrivent même à s’unir pour dépasser leurs différends personnels ! Nous reste-t-il un zeste de confiance à accorder à nos politiques ? Sommes-nous tous impliquées, responsable de ce marasme généralisé ? Notre grande handicape c’est que on ne parvient pas à nous réunir autour d’une table pour parler avec toute franchise de nos malheurs, ni même à nous s’organiser, ni même à proposer des solutions, sans qu’on se dispute. On n’arrive pas dépasser nos différends accumulés depuis la guerre de la libération national. Comme si notre histoire est condamnée à tourner en rond ! On tourne et on tourne pour arriver au même point !
Les dirigent des pays voisins ont compris l’importance de laisser une image rassurante à l’Etranger. Cela favorise les investissements Extérieur ce qui entraine une augmentation de l’emploi. Prenons le cas du Maroc : depuis plusieurs années, ce pays s’emploi à développer son image au près des pays occidentaux, notamment par le bais de supports audio-visuelles. Les dirigeants Marocains et tunisiens ont privilégié l’intérêt économique de leur pays, leur devise : « Ni amis éternels, ni ennemies éternels, il y a que l’intérêt qui soit éternel ». Le résultat est visible, des milliers de touristes européens se rendent dans ces pays. Des amis me disent oui, mais regarde leur peuple est toujours pauvre. Nous aussi notre peuple est appauvri, même si il a le droit de dire sa peine, il est toujours au même point. Le Maroc, ou la Tunisie peuvent se passer de pétrole. Or l’Algériens est totalement dépendante de l’or noir. Lorsque nous n’aurons plus de pétrole, l’Algérie pourra-t-elle éviter une guerre civile ? Ce n’est pas la diaspora qui manque, ni l’argent, ni les associations, c’est seulement et toujours une bonne dose de volonté politique accompagnée d’un personnel compétant. Vous allez me dire, mais oui notre Etat subvention beaucoup d’association à l’Etranger, or cette argent parvient-ils vraiment aux personnes concernées ? Cet argent, est-il utilisé dans la corruption ? Est-il un moyen pour faire fuir des sommes faramineuses dans les banques européennes ?
Après une décennie sanglante, où notre image est associée au barbarisme d’inspiration du moyenne âge, une image trop véhiculée par les télévisions arabes et mondiale, des hommes la hache à la main, sur le front un bandeau portant l’inscription de l’acte de foi (la chahada). Aujourd’hui il ne tue plus, mais ils procèdent à la manipulation dogmatique et idéologique du peuple. Tout le monde le dit, toute notre élite l’écrit chaque jour dans la presse nationale, mais le pouvoir est resté sourd, il fonce sans tenir compte de la souffrance du peuple. Ils nous sortent maintenant une nouvelle urgence pour que le pays se développe : « Troisième mandat ». Quelle urgence, comme si les deux autres mandats n’ont pas été suffisants pour donner l’espoir aux jeunes ! Même la constitution doit être taillée sur mesure selon chaque président ! Quelle loyauté envers notre peuple et vers notre histoire ! Jusqu’où nos gouvernants peuvent-ils aller ? Jusqu’à la destruction de
Chers lecteurs,
Je vous souhaite à tous une très bonne année 2008,
la réalisation de tous vos projets
et une vie sereine.
Publier dans El-watan du 03/12/07
« Tout symptôme a une valeur dans le passé, dans le présent et pour l’avenir »
Ibn Sina (Avicenne, 980-1037 J. C)
On ne doit pas s’étonner si, en Algérie, le nombre de personnes nécessitant un suivi psychiatrique dépassent le seuil de deux millions. En effet, comme je l’ai souligné dans un article sur la formation des psychologues en Algérie, les événements que les Algériens ont vécus pendant la décennie noire et la libération brusque du marché économique, laissent des séquelles sur le plan psychologique. En outre, tout événement négatif vécu par une personne provoque des réactions psychiques qui dépendent moins de la nature de l’affection en cause que de sa perception, de l’enjeu vital qu’elle représente et des ruptures de vie qu’elle peut impliquer. Une mauvaise fracture de la jambe, par exemple, peut briser la carrière d’un sportif ou simplement lui interdire la pratique d’un sport qui était nécessaire à son équilibre psychologique, et induire l’angoisse ou la dépression. Les personnes ayant assisté à des exécutions, à des massacres, ou à des événements aussi violents sont forcément atteintes dans leur psychisme. Aux Etats-Unis, le taux de suicide est de plus en plus élevé au sein des militaires qui ont participé à la guerre en Iraq. En Algérie, on parle peu de ce phénomène qui existe pourtant !
Les maladies et leurs conséquences entraînent ainsi une modification de l’identité du sujet, une baisse de l’estime de soi, une rupture du projet de vie, et déclenchent ou accentuent l’angoisse de la mort. Cependant, le retentissement psychologique de la maladie est, dans une large mesure, indépendant de la nature de l’affection. Il dépend essentiellement de la personnalité du sujet, de la perception qu’il a de la maladie et de ses conséquences vitales ou fonctionnelles, mais également de la qualité du soutien qu’il trouve auprès de son entourage.
En Algérie, la prise en charge des handicapés mentaux est carencée car les institutions répondent rarement à leurs besoins. Les psychiatres, en nombre insuffisant (1 pour 60 000[1]), manquent de temps pour renouveler leur formation. D’autre part, le personnel manque parfois de professionnalisme. Dans ces conditions, les familles d’handicapés mentaux se trouvent souvent démunies.
Certains malades mentaux sont cloîtrés chez eux, souvent depuis l’enfance, sans contact extérieur. Je l’ai constaté moi-même lors d’une visite à domicile réclamée par les parents de deux filles handicapées mentales. Elles portaient des sacs en plastiques en guise de couches car, sur le marché algérien, les couches pour adultes sont rares et chères. D’autres malades mentaux errent dans les rues. Certains sont bien connus de la population pour laquelle ils sont inoffensifs. Chacun leur fournit vêtements et nourriture et personne n’est choqué par les conduites les plus aberrantes. Une aliénée déambulant nue dans la rue n’attirera pas de réaction hostile et chacun l’aidera à réintégrer son repère habituel.
En Algérie, le mariage consanguin est l’une des causes les plus fréquentes d’handicap mental. Selon une étude réalisée par
Une mauvaise hygiène de vie peut également être source de handicap mental. Dans les bidonvilles où il n’existe ni eau potable ni système d’évacuation des eaux usées, les habitants sont exposés à de hauts risques de handicap mental. Ce risque est aggravé par la présence de rats et autres bestioles qui peuvent participer en amont à des aberrations chromosomiques.
La malnutrition est un autre facteur du handicap mental. En effet, en Algérie, le manque de ressources et les prix exorbitants privent beaucoup d’enfants d’aliments indispensables à leur croissance. Autrefois, le couscous était riche en légumes, en viande, en semoule, ce qui en faisait un repas équilibré (lipides, sucres lents et protéines). Désormais, ce déséquilibre alimentaire touche l’ensemble de la société. D’après les normes de l’organisation mondiale de la santé (OMS), la malnutrition touche l’Algérie. Certaines études ont montré que l’alimentation carencée chez la femme enceinte augmente le risque de naissances d’handicapés mentaux. Par exemple, le manque de vitamine B6 pendant la gestation favorise le risque de naissances d’enfants autistes. Pour pallier à cette carence alimentaire, il faudrait généraliser la restauration à l’école permettant aux enfants non seulement de manger équilibré mais aussi d’acquérir des notions d’hygiène alimentaire. L’encadrement par des adultes est évidemment indispensable. Cela permettrait également de prévenir les pathologies émergentes telles que l’obésité et l’anorexie.
Enfin, le handicap mental peut être provoqué par certaines pratiques cultures. Par exemple, les bébés emmaillotés et dormant dans une pièce surchauffée souffrent très souvent de déshydratation, ce qui peut entraîner des convulsions. Certains internes, devant ces situations d’urgence, prescrivent des anticonvulsifs à fortes doses, ce qui entraîne, dans la plupart des cas, des séquelles irréversibles (épilepsie, retard du développement moteur, etc.)
Dans certaines cultures nord-africaines, on ne laisse jamais le nouveau-né seul et sans objet de protection, ceci pour éviter les fièvres, les convulsions, les maladies graves et la mort. L’enfant doit rester ainsi les quarante premiers jours de sa vie sans franchir le seuil de la maison. A sa première sortie, il est emmené en pèlerinage chez un marabout saint. L’enfant dans les bras, on fait plusieurs fois le tour du tombeau du saint afin d’attirer sur lui la protection divine et lui garantir un avenir. Lors d’une crise d’épilepsie pendant laquelle les convulsions ne seraient que les mouvements clastiques du démon au sein du malade dont le corps lui devient étrange, les personnes présentes sont terrorisées à la vue de ce phénomène : l’épileptique provoque la peur et l’angoisse. C’est ainsi qu’un grand nombre d’enfants en bas âge présentant des convulsions –pathologie fréquente en pédiatrie – restent sans traitement parce que les démons les habitent et que seules les thérapies traditionnelles peuvent y remédier !
Des personnes sont considérées comme possédées, habitées, frappées par les Jnouns (ou démons) qui révèlent leur mauvaise essence, leur puissance, leur mécontentement à travers leur délire. Il s’agit en fait de crises d’épilepsie ou de manifestations hystériques paroxystiques. A le voir rire ou parler seul, on explique que l’halluciné s’entretient avec le démon qui est en lui alors qu’en fait, il est en rapport constant avec son monde hallucinatoire. Les hallucinations sont des perceptions involontaires sans objet. Les illusions sont dues à la perception erronée des qualités d’un objet ou d’une situation réelle. Ces deux aberrations sensorielles relèvent, dans la grande majorité des cas, d’une pathologie neurologique ou psychiatrique[4].
Dans les pays maghrébins à forte culture traditionnelle, l’opposition entre pratiques traditionnelles et médecine légale est toujours d’actualité. Selon le Professeur BOUCEBCI, cette question est importante vu le nombre de patients, de toutes origines socio-économiques, qui ont recours aux diverses pratiques traditionnelles. C’est un constat quotidien en psychiatrie, médecine générale, pédiatrie, gynécologie, etc. Cette confrontation soulève d’emblée la place da la pratique traditionnelle et celle du savoir médicale. Selon le même auteur, il semble que l’irrationnel réponde à un besoin réel, profond, peut-être inné chez l’homme, besoin exprimé par ce qui nous apparaît dans les cultures anciennes comme relevant du mythique et du merveilleux. Ces aspects retrouvés dans les pratiques traditionnelles où ils colorent s’ils ne résument les connaissances de l’époque ou leur mode d’approche et d’expression, induisent une attitude variée dans notre appréciation, compréhension et remise en question des problèmes et modèles médicaux, notamment thérapeutiques possibles et efficaces. Dans le même ordre d’idée, l’adhésion du patient et l’efficacité d’une pratique traditionnelle tiennent aussi, comme l’a souligné ELLENBERGER, à son acceptation culturelle.
Selon Ghita El Khayat[5], les Berbères auraient attribué avant l’Islam des pouvoirs magiques aux arbres, aux pierres et à d’autres objets. Le personnage sacré du marabout, intercesseur entre Dieu et ses fidèles, auréolé de la « Baraka » -sorte de talent béni-, aurait été parfaitement adapté à la mentalité berbère. Le marabout est un « salih », un saint, « Sayed », un seigneur, dont les bienfaits sont transmissibles à son successeur ou à ses descendants. Quelques marabouts dirigèrent ou inspirèrent les nombreuses confréries, « zaouïa », qui ont joué un rôle important en région d’Afrique du nord. La zaouïa remplissait trois fonctions : religieuse, culturelle et sociale. Comment en est-on venu à lui confier les malades mentaux ? Cela reste encore à découvrir… Selon Ghita El Khayat, une corrélation a dû s’établir, à un moment donné, entre personnage du Saint et la guérison supposée d’une telle maladie. Le marabout, doté de son vivant et après sa mort du pouvoir de soulager aussi bien moralement, physiquement que psychiquement, est surtout le détenteur de la « Baraka », don précieux qui le place comme intercesseur bienheureux entre Dieu et les Hommes…
Cependant, les saints étaient et sont encore réputés comme ayant un pouvoir particulier sur telle ou telle affection, et certains sont capables de guérir quasi-exclusivement les maladies mentales. Chaque marabout a sa spécialité (épilepsie, maladies neurologique, hystérie, convulsions, troubles sexuel et de l’érection, etc.) Certains sont réputés souverains contre « Lemsalmine », démons qui habitent le possédé. Par contre, certains utilisent la pharmacopée, méconnue, mais aux réelles vertus médicales. Le Pr. BOUCEBCI cite l’exemple d’un enfant dont l’instabilité psychomotrice et les désordres relationnels ont été nettement améliorés après avoir bu de façon régulière l’eau d’une source. Après analyse, il s’est avéré que cette eau était riche en sels de lithium.
D’autres thérapies relevant de la pharmacopée traditionnelle, notamment celles recourant aux plantes, sont parfois dotées de réelles vertus, même si les principes actifs restent encore mal cernés ou inconnus sur le plan pharmacologique. Toutefois, il est important de souligner que ces pratiques doivent êtres contrôlées par les institutions étatiques. Pour les exercer, il est primordial de connaître les substances chimiques de chaque plante et leurs rôles pharmacologiques. Dans certains pays, il existe des programmes universitaires incluant l’étude de la pharmacologie traditionnelle afin de ne pas laisser libre cours au charlatanisme (voir le cas rapporté par la presse nationale en novembre 2007, d’une femme décédée suite à une rekia).
Les pratiques traditionnelles, rationalisées et étalonnées aux normes scientifiques, pourront être conservées par la société et permettront aux groupes pharmacologiques de développer des remèdes plus efficaces.
Yazid HADDAR
[1] Cf. El-Watan 8/11/07.
[2] Cf. El-Watan 19/09/07.
[3] Cf. In Science, vol 11, N°31, p 3851, 2006, cité dans Cerveau et psycho N°17, où un retard mental particulier a été identifié chez sept enfants d’une même région, tous porteurs d’un même gène muté.
[4] Cf. Neurologie clinique et neurologie du comportement, P367, 2006.
[5] Une psychiatrie moderne pour le Maghreb, édition l’Harmattan, 1994.
« Il n’y a pas un ami éternel, ni un ennemi éternel, mais il y a un intérêt éternel »
Au cours de cette semaine, j’ai vu le film « l’ennemi intime » de Florent Emilio Siri, sorti en salle le 3 octobre en France. L’avis de nos compatriotes à propos de ce film est mitigé : il y a ceux qui disent que
Du côté français, nombre d’intellectuels et politiques, qu’ils soient de gauche ou de droite, reconnaissent les crimes commis au cours de l’histoire de
Ce qui m’intéresse dans ce débat, ce n’est pas le fait que
Beaucoup de romanciers algériens ont écrit sur cette guerre mais sans faire allusion aux massacres. Ils se sont souvent cantonnés aux causes de la guerre, aux méthodes utilisées et aux us et coutumes du pays. Les règlements de compte entre le FLN et les fidèles de Massali Hadj restent tabous. Nous évoquons souvent la colonisation mais nous oublions fréquemment le côté humain de cette guerre. Effectivement, peu d’acteurs de cette guerre effectuent un réel travail de mémoire. On ne peut pas se fier uniquement à tous ces charlatans qui s’attribuent une histoire tronquée pour en tirer quelque profit moral ou matériel ! Plusieurs questions ne sont pas encore élucidées : pourquoi les moudjahiddines égorgeaient-ils leurs concitoyens ? Est-ce à cause d’une cigarette allumée qu’on peut se permettre de mutiler un concitoyen ? Comment expliquer l’assassinat des hauts responsables du FLN ? Oui nous étions en guerre, mais rien ne nous empêche maintenant de reconnaître ces méthodes atroces. Faire notre mea-culpa n’est pas un signe de faiblesse mais au contraire un signe de sagesse.
A l’école, nous sommes fiers d’apprendre que nous nous sommes battus pour libérer notre nation algérienne du joug du colonialisme. Nous serions encore plus fier lorsque nous assumerons nos erreurs passées. Ainsi, nous rapprocherons-nous de nos valeurs ancestrales d’humanisme. En effet, cette sacralisation de la guerre d’Algérie devient lourde, comme si nos anciens combattants étaient des saints ! L’Etat a le devoir de relater la vérité pour que les jeunes s’identifient enfin à une histoire juste.
Voici une anecdote de Ahmed Saïfi Benziane[1] : un jeune court dans les rues d’Oran avec un drapeau espagnol (…) lorsque un vieux lui suggère de faire la même chose avec le drapeau national en lui rappelant que notre drapeau couleur paradis à coûté un million et demi de martyrs. Le jeune rétorque que des milliers de harragas sont morts pour le drapeau espagnol et qu’il court à la mémoire de ses amis partis sans retour. Cette petite histoire nous montre que le nationalisme n’a plus de place dans la préoccupation des jeunes. Et ce phénomène ne touche pas que les jeunes algériens, mais tous les jeunes du monde. Aujourd’hui, les jeunes aspirent au travail dans un climat de paix. Ainsi, tout ce que nos grands-parents ont sacrifié pour nous n’est pas valorisé aux yeux de la nouvelle génération. A force de sacraliser l’histoire, on la banalise. Pourtant, le budget de Ministère des Anciens Combattants dépasse celui de l’Education Nationale…
Pour la première fois, les Français avouent, à travers un film, que le napalm a été utilisé pendant la guerre d’Algérie. Des images choquantes révèlent l’atrocité et la barbarie de cette méthode. Les appelés de l’armée française, une fois sur le terrain, étaient manipulés par la hiérarchie militaire. Le film fait également la lumière sur l’engagement des algériens aux côtés de l’armée française. Ainsi, l’apparition brève (mais brillante) de Fellag montre le dilemme qu’ont vécu et que vivent toujours les Harkis. On assiste au massacre de tous les habitants d’un village par les combattants du FLN. Cette scène a d’ailleurs provoqué une vive réaction de beaucoup d’algériens. Ces images sont certes choquantes. Néanmoins, elles nous rappellent un passé qui reste proche[2].
Nos pires ennemis sont notre orgueil et notre aveuglement La reconnaissance de nos fautes me semble aujourd’hui indispensable si nous voulons réellement effectuer un travail commun de mémoire. (Je parle ici des faits qui se sont déroulés au cours de la guerre et non pas sur l’ensemble de la période coloniale). Cette semaine,
Essayons de regarder la vérité en face afin de construire un avenir serein pour les générations futures…