« Ce ne sont pas les évènements qui perturbent l’homme mais sa façon de les interpréter »
Epictète.
Les débats sur les élections législatives ont montré une diversité d’opinions. Certains les voient d’un œil positif. D’autres se plongent, comme d’habitude, dans des analyses moroses. Je m’interroge sur les arguments avancés : sont-ils vérifiables ou sont-ce uniquement des hypothèses et des règlements de comptes remontant parfois jusqu’à la guerre de la révolution ? Tant mieux si tout le monde n’est pas d’accord sur l’abstention du peuple algérien car si tout le monde pensait la même chose, personne ne penserait, comme disait un certain philosophe. Imaginons que le taux de participation soit de 80 % ou, comme dans d’autres pays, de 99%, quelle serait la réponse des analystes et commentateurs ? Tout le monde parlerait de fraude.
Certains analystes et commentateurs élitistes s’éloignent de plus en plus de la réalité sociale. En effet, un fossé sépare les administrateurs des administrés, et l’élite de son peuple. Ce fossé ne fait qu’aggraver la situation politique, voire même la sécurité et la stabilité des institutions de l’Etat.
L’Algérie vient de passer un cap important dans son évolution car elle est parvenue à organiser des élections sans émeute ni meurtre. Bien que quelques contestations concernant d’éventuelles fraudes aient été exprimées, je crois que nous avons réalisé une démarche importante dans la démocratie et dans l’encrage d’un exercice citoyen qui va, à mon avis, imprégner la conduite politique à venir. Cet effort doit être pris en compte et valorisé, ce qui renforcera et stabilisera les fondements des institutions républicaines.
Pour parler de démocratie, il faut que les institutions se stabilisent et que les passations de pouvoirs soient respectées. Ce qui m’amène à espérer que l’actuel président ne modifie pas la Constitution en vue d’un troisième mandat. Car je pense que la République Algérienne a réellement besoin d’une stabilité constitutionnelle ancrée dans un exercice démocratique, ce qui donnerait confiance aux citoyens et constituerait un exemple pour les générations futures.
La suspicion perpétuelle de fraudes et la remise en cause systématique du pouvoir en place ne font en aucun cas avancer les conditions de vie des algériens. Bien au contraire, la situation stagne et régresse. Nous assistons ainsi à l’émergence de forces politiques d’inspiration religieuse, qui ne peuvent que conduire au désastre dont a souffert le pays lors de la décennie noire.
Si le peuple juge inutile d’aller voter, c’est que les conditions de vie n’ont guère progressé. Les problèmes sont faciles à énumérer : chômage, logement, santé, éducation, justice, etc. Il faut reconnaître que le gouvernement actuel effectue un travail gigantesque (assuré par une manne pétrolière) pour absorber le chômage et investir dans des projets d’infrastructures importantes relançant le développement économique du pays.
Si les sociétés étrangères installées dans le pays trouvent que certains de nos compatriotes ont des difficultés à travailler selon leurs normes, c’est parce qu’ils ont l’habitude d’être assistés par l’ancien système politique. En outre, ils ne font plus confiance au gouvernement actuel car ils entendent quotidiennement dans les médias et les « radios trottoirs », que l’Algérie est riche, et en particulier qu’elle a 80 milliards de dollars en réserve. Ainsi pensent-ils que les membres du gouvernement sont corrompus ! Pourtant, notre « richesse » ne peut faire vivre le pays que pour une courte durée.
Arrêtons de faire croire aux Algériens que leur pays est riche ! Ils se remettront ainsi au travail. Que les politiques cessent d’hypnotiser notre peuple avec des discours nationalistes stériles ! Que les religieux cessent de prêcher un islam rétrograde ! Que les démocrates cessent de regarder notre peuple d’en haut ! Que les intellectuels cessent de moraliser notre peuple !
Yazid HADDAR
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