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Pseudo: Haddar yazidCatégorie: UniversitésDescription:
C'est le prolongement de mes refléxions publiées dans la presse algérienne (el watan, quotidien d'oran....).A vous de réagir!
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Mardi 14 Août 2007

 

Les débats sur la corruption et la gestion rationnelle des biens publics et fonciers posent la problématique de l’éthique politique. Ces débats mettent également l’accent sur les carences de la formation des hommes d’Etat, qui auront pourtant le devoir d’assurer leurs fonctions sans cupidité, sans abus de pouvoir et sans profit personnel. Mais comme l’écrivait Paul Claudel : « Ce n’est pas avec l’encre et la plume qu’on fait une parole vivante ! ».

 

Pourquoi les étudiants s’orientent-ils si peu vers les sciences humaines (sociologie, philosophie, langues étrangères, histoire, anthropologie, etc.) ? D’une part, ces formations ne facilitent guère l’accès à l’emploi. En effet, à quoi bon être diplômé de philosophie si c’est pour connaître le chômage ou être mal employé ? D’autre part, le niveau des bacheliers est souvent insuffisant. En effet, ces formations requièrent des capacités d’analyses académiques, la maîtrise d’au moins une langue étrangère et une culture générale solide. Le lien entre les formations techniques et les activités économiques s’établit clairement. Il n’en est pas de même en ce qui concerne les sciences humaines dont les résultats constituent les fondements de l’innovation et de l’harmonie sociale. Nul ne conteste la nécessité pour tous de disposer d’une culture générale et de principes éthiques. Certes, les avancées de la philosophie et de la sociologie sont indispensables à la vie économique et sociale. Ces domaines nourrissent les débats politiques, éclairent la diplomatie, favorisent la compréhension entres les peuples, développent le sens critique et celui de la responsabilité. Cependant, il me semble que l’opinion publique et les décideurs politiques n’établissent pas aisément le lien entre ces vertus et une formation de qualité en sciences humaines (et c’est aussi valable pour la recherche en ce domaine).

 

Et pourtant, l’Algérie a tant besoin de sociologues, d’anthropologues, d’archéologues, de philosophes, d’historiens, etc. ! Prenons l’exemple de l’histoire : il me semble qu’il reste un long chemin à parcourir. Notre histoire antique et moyenâgeuse est écrite principalement par des spécialistes français. En l’état actuel, l’université algérienne ne peut pas former des spécialistes de cette période car, pour accéder aux textes, il est primordial de connaître les langues anciennes (latin, grec, égyptien, hébreu, etc.). De plus, notre université a cessé d’enseigner ces langues à la fin des années soixante-dix. Pourtant, la majeure partie de notre histoire a été écrite dans ces langues. Faute de spécialistes, nous sommes obligés de travailler selon les traductions françaises et d’autres langues modernes. Ce manquement crée un trou dans notre mémoire collective. De ce fait, certains ne parviennent ni à reconnaître toute l’Histoire de la nation algérienne ni à s’y reconnaître[1]. Dans l’histoire de la Libération Nationale , il reste beaucoup de zones d’ombre volontaires et involontaires. D’une part, les adeptes des oulémas voulaient nous inculquer l’idée que la révolution nationale était le fruit de leur combat. Or, ces derniers étaient en partie pour l’assimilation. D’autre part, certains voulaient s’attribuer toute l’histoire de la Guerre de la Révolution et se considéraient comme messagers des martyrs. Pourtant, il y eut des militaires du MNA dont peu d’Algériens ont connaissance, hormis les témoins oculaires de l’époque. A l’heure actuelle, ces militaires ne bénéficient toujours pas de la reconnaissance qui leur est due. Il y eut aussi d’autres mouvements qui ont contribué directement ou indirectement à la Révolution Algérienne.

 

Ceci m’amène à aborder la réconciliation nationale qui serait, je pense, une bonne démarche, si elle associait tous les enfants d’Algérie, où chacun pourra se reconnaître et être reconnu par la Constitution Algérienne. Cette reconnaissance donnera une légitimité à leur existence et un sens à leur vie. Ce sentiment d’appartenance à la nation est primordial pour la stabilité de l’Etat. C’est le moyen pour que notre mère patrie reconnaisse tout ses enfants, même ceux qui se sont égarés un jour. C’est une raison supplémentaire pour aimer et assumer l’histoire de notre patrie et pour admettre l’idée d’une nation républicaine. Des spécialistes dans le domaine peuvent aider notre peuple à se réconcilier en enrichissant les débats et en levant les zones d’ombre de notre histoire.

 

En septembre 1809, les Français ont créé une « classe de philosophie », qui a pour mission, selon les termes du décret qui la définit, d’enseigner aux élèves « les fondements de la logique, de la morale et de la métaphysique » ainsi que les principales « opinions des philosophes ». Il s’agit de préparer les jeunes gens à entrer dans l’âge adulte qui suppose, en effet, réflexion, esprit critique, capacité à argumenter en comparant la validité des différents choix éthiques et intellectuels possibles sur le sujet donné. Dans la tradition républicaine, pour exercer convenablement ses responsabilités de citoyen, il faut être capable d’autonomie intellectuelle tout comme une certaine autonomie financière peut s’avérer utile pour ne pas voter comme un seul homme sur le modèle de ses « maîtres ».

 

Ainsi, la philosophie peut être définie comme un « art de la réflexion », un « exercice de l’esprit critique » et une « initiation à l’argumentation ». Selon la tradition républicaine, la philosophie serait par excellence cette « discipline de la méthode » dont l’idéal serait que chacun puisse un jour parvenir à « penser par lui-même ». Des parents seraient heureux de voir leur enfant apprendre à penser avec davantage de « rigueur » et de « réflexion ». Cependant, dans notre cas, le programme de philosophie pour les élèves de terminale ne sollicite guère les facultés des lycéens à s’étonner, à remettre en cause soi-même et les autres, et à se réveiller des sommeils dogmatiques. Â mon point de vue, elle est une suite de l’éducation religieuse. Les gens de culture moyenne pensent qu’étudier cette discipline les éloigne de Dieu. Cette croyance est renforcée par les prédicateurs religieux et parfois même par certains professeurs de philosophie qui conseillent aux lycéens de ne pas approfondir leurs connaissances dans ce domaine. En effet, les enseignants, s’appuyant sur des textes dits de philosophie musulmane du moyen âge et sur les propos de certains oulémas et prédicateurs profanes, craignent que les jeunes lycéens deviennent athées. Les lycéens peuvent aussi se trouver face à des professeurs critiquant à l’excès la religion. Les voilà face à un véritable dilemme ! En outre, les textes proposés, souvent écrits par des théologiens du Moyen Âge, ne suscitent guère l’esprit critique ; bien au contraire, ces textes enracinent l’esprit de sacralisation chez les jeunes. En conséquence, au lieu de devenir des citoyens éclairés et dotés d’une autonomie intellectuelle, les lycéens se voient dans l’obligation de passer par les textes religieux pour argumenter une pensée quelconque. Notons bien que la théologie musulmane n’a pas évolué depuis le moyen âge ! Les jeunes se trouvent donc face à une situation antagoniste, entre la réalité et les obligations religieuses. Ils sont poussés à vivre dans l’hypocrisie, ce qui se traduit, sur le plan psychologique, par la culpabilité, l’angoisse et l’absence de projection dans l’avenir. C’est une des raisons qui poussent parfois des personnes à se convertir brutalement et radicalement dans des dogmes fanatiques pour racheter leurs péchés ou pour se révolter contre les valeurs en exergues. Désormais l’école participe, à son insu et en amont, à préparer le futur citoyen à devenir des fanatiques religieux ou autres. Prenons en compte que la religion répandue dans notre société est traditionnelle dans ses pratiques et ses dogmes de plus en plus sacralisés. Cette sacralisation pose effectivement un problème de mobilité, de flexibilité des valeurs et de cohabitation entre les valeurs républicaines et religieuses, et n’encourage guère l’homme à penser par lui-même.

 

A terme, n’inculquer aux élèves que de l’éthique religieuse (omniprésente dans une grande partie des textes proposés de la première année à la terminale, dans les cours de lecture, d’histoire, de philosophie, etc. ainsi que dans les comportements de certains enseignants), est insuffisant pour préparer un bon citoyen. A fortiori, notre école devrait préparer des citoyens capables de s’interroger, d’interroger leur histoire et de s’imprégner de la pensée moderne. Comme disait Rabaut Saint-Etienne : « Notre histoire n’est pas notre code ». Il voulait dire par là que nous ne sommes pas prisonniers des traditions, de l’Ancien Régime et que nous pouvons inventer notre histoire et faire la révolution. L’unique richesse à donner à nos enfants est de leur donner les clés du savoir afin qu’ils accèdent à une vie bonne.



[1] Voir notre contribution dans l’édition du 28 juin 2007.

publié par Haddar yazid dans: psycho
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Commentaires

Bonjour,


je vous félicite pour ce travail et je vous souhaite une bonne continuation.

Commentaire n° 1 posté par: sousou(site web) le 18/09/2007 - 13:14:17
J'ai lu ton article, il m'a semblé recouvrir certaines de mes préoccupations concernant les sciences humaines. En France, il me semble qu'elles sont menacées

- de l'extérieur, car considérées comme inutiles, comme sans lien évident avec les activités économiques rentables. Une interview de Nicolas Sarkozy avant son élection m'a ainsi inquiétée pour sa vision de l'enseignement. Selon lui, les langues anciennes sont un loisir et on ne doit pas dépenser pour leur enseignement, avec cette logique je connais un excellent professeur de lettres classiques qui, boursier, major de sa promotion, ne serait jamais devenu ce qu'il est car issu d'un milieu trop modeste. Si on supprime des postes dans les filières "non rentables", c'est tout un pan de notre formation intellectuelle qui disparaît, mais on sait ce que nos "élites" pensent de la culture. D'ailleurs notre ministre de l'économie a dit que nous pensions "trop": on pense trop en France, il serait temps de passer à l'action, et bla bla bla. Voir le sujet de philosophie au bac 2007 qui invitait à dépasser l'opposition entre travail manuel et intellectuel. Il serait temps que Mme Lagarde repasse son bac...

 

- de l'intérieur, car on dirait que certaines filières font tout pour s'attirer ces attaques extérieures. Que de bla bla et d'incompétence se cachent sous les pompeux habits des sciences. Ainsi malheureusement d'une grande partie de la sociologie, et de cette discipline qu'on appelle "sciences de l'éducation" - c'est à ce titre qu'Aurélien pour son rapport de 1° année d'enseignement a été obligé de faire figurer un "camembert, pour faire scientifique", comme si cet outil statistique était utile pour raisonner sur seulement 24 élèves! Le jargon et le copinage pourrissent de l'intérieur ces sciences. Nul doute qu'il reste des chercheurs de valeur, mais le microcosme des facs où sévit comme partout la médiocrité ne favorise pas l'élévation et la réflexion saine, celles-ci nous viennent de plus en plus de la marge, de personnalités qui ne rentrent pas dans ces moules.

(Les toutes récentes déclarations du Président de la République, prônant la valorisation des salaires des enseignants "au mérite", ne feraient à mon sens qu'exacerber les effets néfastes du copinage et de la démagogie, vu la subjectivité de la notion de mérite, au détriment de la qualité)

Alors, développer les sciences humaines, oui, mais la plus grande vigilance est requise, car il est, ce me semble, plus facile aux charlatans de se camoufler dans les sciences humaines que dans les sciences dures. Ta revendication en matière de sciences humaines est un pari sur l'intelligence, mais la question que je me pose est: comment éviter la récupération par les médiocres, par la bêtise? C'est quand même vrai que les sciences humaines ont quelque chose de flou. Ainsi, on peut aujourd'hui avoir une licence d'histoire et tout ignorer du XX° s, simplement parce qu'on a choisi d'autres spécialités.
Commentaire n° 2 posté par: jeanne le 06/12/2007 - 14:43:39

Bonjour


De ma part, je trouve que votre article est trés intéréssant et si je peut me permettre de vous proposer de rajouter plus des détails sur le parcours des sciences humaines.ex:comprendre le fonctionnement de la faculté des scienes humaines depuis son ouverture.


 

Commentaire n° 3 posté par: ghedir le 07/01/2008 - 15:34:47
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