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Jeudi 23 Août 2007

cette article est publié dans le quotidien d'oran du 23/08/07

« Oh ! Donne-moi tes vingt ans si tu n’en fait rien

 

 Sophocle

 

 

La violence est-elle inhérente à l’adolescence ? Cette violence est-elle le fruit de la situation politique du pays ou est-elle spécifique à cet âge ? Comment un être humain doté d’un cerveau d’adulte en état de marche peut-il foncer en voiture vers le bord d’une falaise ? Comment peut-il écouter de la musique à un niveau sonore suffisant pour réduire son appareil auditif en marmelade ? Comment peut-il déclencher « une troisième guerre mondiale » parce qu’on lui a demandé de descendre les poubelles ou d’aller acheter une baguette ? Pourquoi les adolescents passent-ils leur temps à se mettre en danger, à changer de personnalité, à s’identifier à tel ou tel chanteur, politique, philosophe, religieux ? Bien d’autres questions peuvent nous venir à l’esprit… Nous sommes désarmés face à des actes violents, tellement répétitifs qu’ils finissent par nous sembler normaux.

 

La société est en pleine mutation. La mondialisation économique emporte dans son sillage des comportements de consommation et d’épanouissement basés sur la notion de profit individuel. Nous observons que ces comportements, nourris d’individualisme, prennent une place importante dans nos cités. Cependant, la plupart de nos concitoyens ne sont pas préparés sur les plans psychologique, moral, social, culturel, intellectuel, à faire face à des obstacles qui émanent de la culture individualiste. Des parents sont complètement dépassés et ne savent plus à quel saint se vouer !

 

Pour l’adolescent, la violence n’est qu’une forme d’expression pour marquer son existence. Selon la psychanalyse, il y a deux formes de pulsions. La première est sexuelle et concerne les personnes qui vivent une sexualité normale (rapports entre deux partenaires) ; elle peut aussi être sublimée dans la littérature et dans les activités artistiques ou manuelles. La deuxième est la pulsion violente, qui se traduit par les insultes dans la rue, des comportements violents. Cette pulsion violente s’exprime lorsque l’individu n’a pas de sexualité normale, en particulier chez certaines personnalités impulsives.

 

Autrefois, l’enfant passait de l’âge de la puberté à l’âge adulte sans connaître l’adolescence. Désormais, nous observons que les jeunes ne se marient pas avant l’âge de trente-cinq ans. Notons que, pendant cette période, le jeune n’aura pas de rapports sexuels, à moins qu’ils utilisent la masturbation comme un moyen de satisfaire leur besoin biologique - cette pratique est pourtant interdite par la religion - ou qu’ils aient des rapports sexuels hors mariage, illégaux et débridés aux yeux de la société. Les jeunes se retrouvent alors devant un dilemme qui les dépasse ! Effectivement, le fait de pratiquer la masturbation hors des règles d’hygiène et de moralité permises, peut entrainer des pathologies soit sur le plan organique soit sur le plan psychologique. Certains psychologues observent que les adultes qui se marient tardivement sans avoir eu de rapports sexuels normaux, connaissent des troubles du comportement sexuel[1]. Ainsi, comme le passage entre l’enfance et l’âge adulte tend désormais à s’étendre sur une période de plus en plus longue, l’adolescence commence à 10 ans et dure jusqu’à 30 ans, voire même 33 ans ! Ce phénomène est encouragé par une société qui valorise la jeunesse à l’extrême et où la consommation est orientée vers eux. L’Algérie n’échappe pas à ce phénomène car 70% de sa population est constituée de jeunes. De plus, dans notre pays, les jeunes accèdent difficilement à un emploi stable soit par manque de formation solide, soit par mauvaise orientation professionnelle, et connaissent des problèmes d’ordre social (logement, etc.). Tous ces facteurs retardent le mariage des jeunes. Ces derniers veulent, de nos jours, être riches à moindre effort, particulièrement dans les grandes villes. Ainsi, la violence est légitimée et devient pour certains un moyen facile de récupérer « leurs droits ». Pour d’autres, c’est le moyen d’accéder au monde des plus forts ! En outre, les Algériens vivent la violence depuis leur enfance. Il est courant d’entendre des adultes dire aux enfants : « Tu fais ça, si non je vais te tuer ! », « Je vais te manger ! », « Je vais t’égorger ! », etc. Sont-ce des paroles affectives ou de la violence latente ? Donner des coups de pied ou des gifles aux enfants sont monnaie courante et cela paraît normal. Ainsi, l’enfant est élevé de telle sorte qu’il peut passer à l’action à l’âge de l’adolescence. Remarquez que notre histoire est chargée d’actes criminels entre Algériens. Le dernier en date eut lieu lors de la décennie noire, période durant laquelle on se demandait : « Sont-ils des nationaux ? Sont-ils des êtres normaux ?

 

Et le cerveau des ados ?

 

 

La maturation cérébrale ne correspond pas à une croissance pure, mais à une réduction après une phase de croissance. Cette réduction va diminuer l’énorme éventail de possibilités du jeune cerveau tout en lui donnant plus d’efficacité. A 15 ans, on aura plus de possibilités qu’à 30ans, mais le trentenaire bénéficiera de connexions plus rapides pour les activités qu’il aura développées[2]. En 1990, un groupe de chercheurs nord-américains dont Paula Tallal, sous la conduite du grand neurologue Jay Giedd, ont observé qu’au cours de l’enfance et de l’adolescence, la densité de la matière grise, partie pensante du cerveau, varie de manière importante. Elle commence par augmenter pour ensuite diminuer progressivement. Ils ont été surpris de constater à quel point le cerveau des jeunes se transforme. A 6 ans, le cerveau atteint déjà 95% de sa taille adulte. Mais la matière grise continue de s’épaissir tout au long de l’enfance à mesure que les cellules cérébrales acquièrent des connexions, un peu comme un arbre qui développe de nouvelles branches et ramifications. Dans le cortex frontal[3], région qui joue un rôle crucial dans le jugement, l’organisation et la stratégie, le processus de croissance de la matière grise atteint un pic vers 11 ans pour les filles et 12ans pour les garçons, soit à peu près l’âge de la puberté. Apres ce pic, la matière grise diminue à mesure que les connexions inutiles sont éliminées ou élaguées. Ce qui explique pourquoi les enfants de cet âge n’ont pas les mêmes capacités d’organisation et de jugement que les adultes. Les enfants n’ont pas la capacité à élaborer une stratégie cognitive rationnelle comme les adultes. De ce fait, quand un enfant pubère ou préadolescent réclame qu’on le traite comme un adulte, il est souhaitable que les adultes lui fassent comprendre qu’il est toujours un enfant. Car dans une société où l’enfant est roi, ces comportements posent effectivement la problématique de l’autorité parentale.

 

Selon ces chercheurs, c’est la croissance exubérante de la substance grise pendant la période prépubertaire qui donne au cerveau son énorme potentiel. Mais la phase « d’élagage » qui, dans certaines zones du cerveau, entraîne la disparition de 40% de la substance grise en une année, est peut-être encore plus intéressante : « Notre hypothèse directrice est que l’élagage obéit à la règle « use it or lost it », on s’en sert ou on le perd. Les cellules et connexions qui sont utilisées vont survivre et prospérer, les autres vont disparaître. Si l’adolescent fait de la musique, du sport ou des études, ces tendances vont devenir progressivement « câblées » (c’est-à-dire renforcées). Idem s’il passe son temps à traîner sur le canapé ou devant l’écran. » (Giedd). Cependant, c’est précisément à cet âge, où le cerveau est le plus vulnérable, que les jeunes se trouvent plus exposés aux drogues ou à l’alcool. Les chercheurs ont observé depuis longtemps que les dépendances les plus tenaces sont celles qui remontent à l’enfance ou à l’adolescence. Un exemple, les fumeurs qui ont commencé à 10 ou 12ans ont davantage de difficultés à abandonner le tabac que ceux qui ont commencé à 20 ans. La consommation de drogues d’une manière excessive à cette période sensible peut affecter le cerveau non seulement durant une soirée ou en fin de semaine mais aussi pendant toute une vie.

 

La difficulté de l’adolescence réside dans le fait qu’elle s’accompagne de toute une série de symptômes qui peuvent relever de troubles normaux à cet âge mais qui peuvent aussi devenir de vraies pathologies. La schizophrénie, maladie typique de l’adolescence, se révèle par une attitude de retrait ou une consommation excessive de drogues qu’il faut savoir diagnostiquer. Les conduites à risques, la toxicomanie, l’impulsivité, la tendance à se mettre en danger, sont fréquentes et ne relèvent pas forcement d’une pathologie installée, ce qui ne veut pas dire qu’elles ne posent pas de problèmes. Le phénomène de la dépression est courant, mais il y a surtout des dépressions graves qui peuvent mener jusqu’au suicide. Par exemple, la prescription des antidépresseurs (qui n’agissent qu’au bout de deux ou trois semaines) sans accompagnement psychologique dans des cas de dépression grave, peuvent avoir des conséquences désastreuses. En somme, il existe chez des ados tout un ensemble de signes qui peuvent être sans importance ou au contraire révéler des troubles graves. Un diagnostique attentif permet de faire la différence.

 

Quelle attitude adopter face à l’adolescent ?

 

 

Nous l’avons dit : un bon diagnostique par le médecin traitant s’avère primordial. Puis, si nécessaire, un psychologue peut accompagner l’adolescent durant cette période vulnérable. En outre, les éducateurs et les animateurs des centres culturels et des maisons de jeunes peuvent à leur tour jouer un rôle important d’écoute et de prévention. Mais la plus grande tâche revient aux parents. Etre parent-copain n’est pas idéal, bien au contraire, cela aggrave l’orientation de l’ado. Retenez que l’opposition lui permet d’affirmer sa personnalité pour devenir un adulte responsable et épanoui...

 

 



[1] Il n’y a pas d’études confirmant scientifiquement une anomalie comportementale sur le plan sexuel chez des personnes ayant des rapports sexuels tardifs.

[2]  La perte de matière grise diminue le nombre de connexions, mais celles qui subsistent deviennent plus rapides.

[3] Le lobe frontal est considéré comme le centre de décision.

publié par Haddar yazid dans: psycho
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