L’opinion publique est extrêmement choquée par la libération du fondateur du GIA. Nul besoin de s’étaler encore davantage sur les crimes commis (en réalité, ce sont des crimes contre l’humanité) par cet individu et ses acolytes qui quittent par dizaines les prisons algériennes. Il est difficile d’exiger de la société algérienne qu’elle solde les comptes d’une période cruelle, alors que l’un des principaux commanditaires du terrorisme et l’un des responsables des 150 000 morts, Ali Benhadj, nargue les Algériens, l’Etat et la nation tout entière. Ces libérations sont vécues comme des victoires politiques et l’on nous promet bien des choses dans les jours à venir. Est-ce le retour du terrorisme urbain - puisque, dit-on ici et là, beaucoup de terroristes libérés ont déjà plongé dans la clandestinité -, accompagné d’une surenchère religieuse, à forte connotation politique, et d’un redoublement de l’activisme islamiste tel que vécu dans les années 1989-1992 ? Il est à craindre que cette politique de la main tendue aux islamistes du FIS ne soit comprise comme un aveu de faiblesse et qu’elle n’aboutisse, en réalité, qu’à renforcer le rang des centaines d’irréductibles, encore planqués dans les montagnes de Kabylie, des Aurès et de l’Ouarsenis. La marge de manœuvre des autorités est bien étroite. Faute d’une communication appropriée, ce sont les islamistes qui occupent l’espace public. Ils ont l’art et la manière d’entretenir le doute tout en se posant comme seule alternative face à un régime enfermé dans ses certitudes, incapable de réformer et surtout qui n’arrive pas à dépasser ses contradictions face à l’intégrisme. Depuis 1992, aucune réforme valable de l’école n’a été réellement engagée. C’est tout dire. La bureaucratie, héritée de l’époque de Houari Boumediène, fait encore des malheurs tant au plan social qu’au plan économique. Les islamistes algériens sont à l’affût. Ils sont encouragés par l’avancée des Frères musulmans en Egypte, la victoire du Hamas en Palestine. Les concessions des autorités algériennes leur donnent un autre avantage qu’ils entendent exploiter, pour faire avancer leur cause... Ali Benhadj, Belkhadem, Layada, Madani Mezrag, Bouguerra Soltani et bien d’autres, chacun avec son style, ses mots, son mode d’emploi, mais tous veulent une république islamique en Algérie. Même vaincus militairement, ils ont, à présent, le vent en poupe. C’est le temps des désillusions...
Omar Belhouchet
2006-03-14/2006-03-14-38207
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