voici une analyse plus juste et plus justifiée....
La loi de Peter et des cancres d’Alger
Les ministres et la dignité
«Il N’y A Que La Tombe Qui Redresse Les Bossus»
Par Mohamed Abassa
Le Président de la République découvre et dit enfin ce que tout le monde sait: il y a des ministres de la République incompétents et/ou atteints de concussion, c’est-à-dire voleurs et/ou menteurs. CQFD de ses dernières sorties. Il était grand temps.
Il le leur a dit clairement et en face, exactement comme à des petits enfants pris la main dans le sac et qu’on admoneste en conséquence: la fessée en public. Du beau mais vain travail, M. Le Président, car les ronds-de-cuir, comme l’écrivait Voltaire, ont la peau dure. Personne n’a branché et ils ont tous baissé les yeux. Personne ne démissionnera et personne ne se dit prêt à corriger ses vilains petits défauts: le mensonge et la concussion.
Et comme l’écrivait si bien et précocement Abdou B. dans Révaf des années 80, «nos ministres manquent de dignité». Et même si au nom de la solidarité gouvernementale, «un ministre ça doit se taire ou démissionner» (J.P. Chevènement en janvier 1991), il est plus que clair qu’aucun ministre ne jettera le tablier ou claquera la porte. Ce n’est pas une tradition algérienne, pas même celle de leur chef qui a assisté sans broncher à l’admonestation en règle de certains de ses pairs, dont certains avaient déjà pris goût à bomber le torse et à tirer leurs bretelles à la télévision. Mais quittons cet aspect de l’amoralité de certains de nos ministres, que découvre assez tardivement le Président de la République, qui semble apprendre à ses dépens le fameux principe de Peter (The Peter principle, par Laurence J. Peter et Raymond Hull, 1969). Que dit en gros ce principe ? Donnons la parole à son auteur qui écrit: «L’humour, l’ironie peuvent avoir une fonction de critique sociale décapante, rabaissant le prestige du pouvoir, en même temps que l’autorité et le sérieux de la psychologie scientifique, ainsi que les idéaux de la réussite. Il n’y a pas que la démocratie dont on puisse se moquer: tous les bureaucrates se ressemblent en toute dictature, dure ou molle. On appelle cela des chefs !
... Mais la banalité hiérarchique s’étend à tous les liens de dépendance, divers sectes, mafias, clientélismes et chaînes de dépendance dont la société moderne meuble dangereusement sa solitude et la disparition des liens communautaires traditionnels... Le nombre des fonctionnaires paresseux ou insolents est infini, comme l’est celui des généraux dont les hésitations démentent leurs principes hardis, des gouvernants que leur servilité congénitale empêche de gouverner réellement...
Mon étude de certains cas d’incompétence dans le travail m’a donc conduit à formuler le principe de Peter: Dans toute hiérarchie, tout employé a tendance à s’élever à son niveau d’incompétence... « (pour en savoir plus sur le principe de Peter, consulter le site http://perso.wanadoo.fr/philo/pretapenpeter.htm)
La lecture algérienne de ce principe est bien plus simple. Le cas algérien relève tout bonnement de la difficulté, voire de l’impossibilité de trouver le gardien du gardien, d’une part, et l’absence de sanctions (positives ou négatives), d’autre part. Cette double difficulté a généré une race de gestionnaires sans état d’âme, généralement sans compétence et, bien plus souvent, sans foi ni loi. Ce personnel dirigeant, dont le Président de la République est le gardien suprême, génère à son tour des sous-servants encore plus incompétents, et ainsi de suite jusqu’au plus bas de l’échelle hiérarchique, ce qu’on appelle, selon la loi de Peter, le dérèglement hiérarchique. Selon cette logique, pour se maintenir, l’incompétence a besoin de servants encore plus incompétents dans toutes ses arborescences.
Le système de recrutement et de promotion des cadres décisionnaires jusqu’au rang de ministres est généralement inspiré par un système d’équilibre et dans un esprit de partage de la rente mais pas seulement. Il en est autant inspiré, mais surtout et plus encore, par le clan, la région, la tribu, le mandarinat et un tas d’autres subjectivités dont les relations de canapé ne sont ni les seules ni les plus scandaleuses. Appelons cela les petites moeurs cachées du pouvoir apparent.
Dans la situation algérienne, au niveau macro-politique, depuis 1962, on a généralement tendance à gérer le pouvoir, rarement l’Algérie. De même, au niveau micro-politique, les hauts dirigeants gèrent leur carrière et le poste plutôt que le secteur où ils ont été faits princes par le fait du prince. Durer le plus longtemps possible et amasser le plus possible de richesses (en partage avec le parrain nommeur) est leur préoccupation majeure sinon la seule. Au diable l’Algérie, sinon comment expliquer l’affaire Khalifa, où semblent tremper de nombreux et puissants dignitaires des régimes actuel et passé.
Cette affaire-là est la démonstration tranquille du fonctionnement ordinaire et naturel de la mécanique de la corruption. Publier la liste des bénéficiaires des largesses de Khalifa et des donneurs d’ordre à son profit, c’est donner l’occasion à Bouteflika de mettre tout l’Etat algérien en prison et pour cause ! Quel haut dirigeant n’a pas été corrompu par Moumène Khalifa ? Cette liste des non-bénéficiaires est facile à publier parce qu’elle est très courte. Il faudra peut-être un jour savoir gré au jeune Moumène, par sa pédagogie cognitive du pire, d’avoir mis à nu ce système encore plus mafieux et médiocre qu’on se l’imaginait. Qui n’a pas eu sa carte American Express simple ou gold ? Mais qui donc de ces hauts dirigeants, politiques et syndicalistes, ne l’a pas eue cette fameuse carte ? Merci Moumène, merci d’avoir donné l’occasion à l’Etat de juger l’Etat algérien, aux gardiens de juger d’autres gardiens et aussi le grand gardien du gardien des gardiens. C’est cela l’énigme algérienne: trouver la solution au gardien du gardien et tout entrera dans l’ordre. Qui est gardien du Président Bouteflika ? Le Parlement ? Non. Le Sénat ? Non. Le Conseil d’Etat ? Non. Le Conseil de sécurité ? Non. Le DRS ? La censure. Mais on dira quand même peut-être. Mais dans ce contexte de pouvoirs multiples, qui est donc gardien du gardien de Bouteflika ? Personne ? Moi je sais. C’est Dieu. Mais Dieu refuse toujours d’épargner l’Algérie de ces catastrophes ministérielles qui sont, en définitive, piteuses, miteuses et calamiteuses. Une simple et stupide affaire de morale et de gestion. La corruption a mal bâti Chlef et Boumerdès. Dieu et le destin ont bon dos. Le Président a eu l’extrême courage de le dire. Il lui faudra sévir. Le peut-il ?
Par comparaison analogique, dans les pays normaux, ce sont des grands hommes et des grandes dames qu’on donne au secteur qu’ils sont appelés à gérer. En Algérie, ce sont des grands secteurs entiers qu’on donne souvent à des hommes ou à des femmes sans relief et parfois sans morale aucune. Surveillez les terminologies populaires, en Italie ou en France, où l’ont dit: «Qui vient au ministère des Transports ?» En Algérie, on dit: «Qu’a-t-on donné à Maghlaoui ? à Khalida ? Etc. Mais qui donc nomme ces gens-là ? Bouteflika ? Le DRS ? Dieu ? Marikane ? Un peu chacun ? On voudrait comprendre ce que tout le monde devine.
Je ne donnerai ici aucun nom ni d’exemples de cette perversion connue et dont les ministres bénéficiaires ne sont pas les seuls responsables. Chacun en saura faire sa propre religion. Les résultats sont connus maintenant: un aéroport attendu depuis 20 ans, un métro depuis trente ans, un institut Pasteur qui ne verra jamais le jour, le plein emploi en 1970, le décollage économique en 1980 et le bonheur absolu plus que la Suisse et la Finlande réunies en 1990.
Les résultats de ces divers rendez-vous sont connus à présent. D’une Algérie presque heureuse des années 60 qui produisait son pain et son vin pour elle-même et pour la France, d’une Algérie qui construisait ses maisons et celles des Français (plan Marshall), d’une Algérie qui montait ses voitures et ses camions, ses wagons et ses locomotives, qui fabriquait par ses frêles et jolies filles de Sidi Bel-Abbès des semi-conducteurs et des tubes cathodiques que ni l’Espagne ni la Corée du Sud ne savaient faire à l’époque, d’une Algérie prête à atteindre la modernité, qu’en a-t-on fait ? Un pays que tout être normal, à l’exception des rentiers, corrompus et voleurs, veut absolument quitter tant la hogra, l’injustice et la concussion sont généralisées. L’école, l’université et la gestion du FLN ont fabriqué des «hommes et des femmes» qui égorgent des bébés. Comment sont-elles faites ces mains d’égorgeurs d’êtres humains ? qui brûlent des usines, vitriolent des jeunes filles, égorgent des jeunes appelés et en tirent gloire, et une montagne d’autres crimes que l’humanité préhistorique n’a pas connus. Ce sont là les résultats irréfutables de la gestion de l’Algérie par les directions successives du FLN.
Aujourd’hui, de cette merveilleuse et heureuse Algérie des années soixante, qu’en avez-vous fait, messieurs du FLN et de vos bébés moustachus du RND ? Des fermiers algériens qui ne savant plus nourrir leur pays ni eux-mêmes d’ailleurs. Ce sont les Texans et les Français qui produisent notre pain: quelle honte ! Ce sont les Chinois et les Egyptiens qui nous apprennent aujourd’hui à fabriquer nos maisons: quelle autre honte ! Les Russes nous vendent les moyens de nous défendre ! Où est notre bombe atomique ? La seule bombe que l’Algérie du FLN ait produite, c’est la bombe corrosive et corruptrice.
Elle explose toujours. Moralité de la chose qui n’est pas dite ni par le FLN actuel ni par notre distingué et fougueux Président: «un oiseau qui ne sait plus fabriquer son nid ni produire lui-même sa nourriture est appelé à mourir. Aucune chance de survivre».
C’est pourquoi Shell, l’une des cinq soeurs qui polluent et pillent l’humanité et le monde et que Boumediène avait chassée d’Algérie, revient en force chez nous à coup de grosses pub. Pour les five sisters, pour Cheney, pour Haliburton, pour les Bush père et fils, merci Chakib. Vous avez brillamment accompli votre mission. Boumediène se retourne dans sa tombe, le royaliste Zaki Yamani proteste, l’Algérie se prosterne et paie. Merci Chakib. Qu’en dit le Président ? Strictement et superbement rien.
Sommes-nous en train de mourir ou sommes-nous déjà morts, monsieur Chakib ? Silence sur la question parce qu’à part les bruits remarqués du Président, il y a un silence radio, même quand c’est l’Etat qui dénonce l’Etat. Kafka et Freud réunis en mangeraient leur langue. Bien entendu, aucun ministre ne se dit concerné, impliqué ou responsable de ces situations pour le moins criminelles et ubuesques. Car, tout ce beau et joli monde se dit intègre, propre et très compétent dans les départements et étages qui les concernent. Il me brûle la main de rappeler ce proverbe irlandais: «Si toutes les fiancées, dites-vous, sont belles et sérieuses, d’où viennent alors les vilaines et légères femmes ?».
Ce proverbe s’applique-t-il à certains de nos ministres que notre distingué et bien-aimé Président, en gladiateur solitaire, vient de rosser vertement et en public SVP ? Bravo, Monsieur le Président. Vous venez de dénoncer les ripoux de la République et c’est une première en Algérie.
On ne demandera pas ici qui a nommé ces ministres parce qu’à l’époque, il n’avait que les 3/4 de ses pouvoirs actuels. Et maintenant, la chanson dit: Que vais-je faire... que sera ma vie ? Normalement, ces ministres aimablement par vous écorchés, avant d’être entendus par un juge d’instruction, devraient faire l’objet routinier d’un ISTN. Parce mentir à la République est une acte grave et répréhensible, un délit que la Constitution a prévu: forfaiture et/ou haute trahison, dont on connaît la sanction.
Mais dans cette histoire amusante de dénonciation qui ne finit par de finir, les plus heureux seront les ministres, DG, PDG, servants et servis de haut rang, renvoyés, qui iront tout droit au bonheur d’aller manger tranquillement à Paris, Nice, Londres ou ailleurs les fruits de la prébende et de la chippa, sans crainte aucune. HEU - REUX comme des glaçons dans l’eau.
En Algérie démocratique et populaire, la sanction positive, c’est-à-dire la récompense du travail bien fait, fonctionne souvent sur un registre irrationnel souvent entaché de subjectivité et d’injustices diverses très mal vécues. Très souvent, des cadres de haut niveau, compétents et intègres, sont bloqués et confinés dans leur seuil d’incompétence, dans la redondance, sans aucune perspective de sortie, d’avancement ou d’épanouissement. Quand l’incompétence encadre et dirige les compétences, cela provoque des conflits psychologiques irréversibles qui conduisent généralement à la rupture de confiance et au départ. Ceci explique largement le départ massif et l’exil des cadres les plus compétents d’Algérie, à la grande satisfaction, entre autres, des Français et des Canadiens. Là aussi, la loi de Peter s’applique car dans la contrefaçon généralisée, la mauvaise monnaie chasse toujours la bonne. Dans la gestion des RH, cette loi s’applique avec les mêmes conséquences: la fuite irréversible des cerveaux que déplore et dénonce aujourd’hui le Président de la République. C’est sans doute ce qui a inspiré ce commentaire si peu aimable du Président de la République envers tous les cadres algériens qui n’ont pas l’envie ou l’occasion de s’exiler: tout juste moyens, dira-t-il à l’adresse de ces survivants de la médiocrité. Et que dire et penser alors de ces cadres supérieurs, dont des ministres (algériens ?) qui sont revenus aux affaires en Algérie après la décennie rouge. Leurs confrères indigènes en poste, des ministres parfois, les traitent de coopérants. Qu’en pense et que dit le Président, lui qui sait et comprend tout ? Rien. Et la petite conclusion dans tout cela ? Aujourd’hui, il est de très bon ton de dire, comme dans les salons de Mme de Pompadour ou de Mme de Sévigny, pas chez la belle Kheïra de Marseille, que l’Algérie est aujourd’hui riche de 70 milliards de dollars. En achetant et en payant, elle peut régler tous ses problèmes, y compris la neutralisation payée des égorgeurs. Question que pose Kheïra de Mostaganem: Qu’a fait l’Etat algérien avec mille milliards de 45 ans de recettes pétrolières ? Où ont fini ces milliards et qu’ont-ils fait de l’Algérie actuelle ? Réponse de Kheïra de Mostaganem et de Marseille: ces mille milliards encaissés par l’Algérie ont fini:
1- Dans les égouts et fosses septiques d’Algérie,
2- Dans les comptes codés suisses,
3- Dans les butins de guerre des repreneurs privés algériens, généralement des prudes et pudiques ripoux algériens nés de la chippa,
4- Dans la ferraille.
En conclusion de quoi, on peut tranquillement rejoindre le Président pour affirmer que l’Algérie actuelle est le produit différé et cumulé des cornichons successifs des partis politiques qui ont géré ce pays. Le Président l’a dit, mais sans réparation immédiate. Affaire à suivre.